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Marie-Claude Saliceti
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IRIN - nouvelles et analyses humanitaires
L’espoir à toute épreuve
Ces Afghans qui ne se laissent pas décourager par les restrictions frontalières de l’Europe
Article mis en ligne le 3 mars 2016

Depuis une semaine, Shaima et Mohamad Ahsad, tous deux instituteurs en Afghanistan, dorment à même le sol sur la place Victoria, à Athènes, avec leurs quatre jeunes enfants. Ce weekend, plus de 500 migrants et réfugiés sont venus s’entasser dans ce petit parc. La plupart sont des Afghans qui, comme la famille Ahsad, se sont vus empêchés de poursuivre leur voyage.

(...) Juste avant que les Ahsad arrivent en bus dans la ville frontalière d’Idomenie, la Macédoine a mis en place de nouveaux contrôles interdisant l’entrée à tous les ressortissants étrangers exceptés les Syriens et les Irakiens munis de papiers d’identité. La semaine dernière, la police grecque a rassemblé les Afghans qui s’étaient regroupés près d’Idomeni et les a renvoyés à Athènes.

« Ils nous ont emmenés dans un camp, mais il était plein, alors nous voilà ici », a expliqué Shaima Ahsad. (...)

Le parc ne dispose pas de toilettes publiques. L’odeur d’excréments humains y est donc aussi omniprésente que le désespoir. La semaine dernière, deux migrants, vraisemblablement des Pakistanais, ont tenté de se pendre à un arbre à quelques pas de là où la famille Ahsad était assise. (...)

Les Ahsad ont fui de la banlieue de Kunduz le mois dernier. Les Taliban se sont emparés de cette ville du nord du pays en septembre, puis elle est retombée entre les mains des forces afghanes. Et les combats continuent. Fatigués par le bruit des bombes, les Ahsad ont décidé d’aller chercher refuge en Europe. Ils ont vendu leur voiture et leur maison et un oncle a vendu sa librairie pour réunir les 8 000 euros demandés par les passeurs pour conduire la famille jusqu’en Europe.

« Nous ne sommes pas venus pour pique-niquer », a dit Mohamad Ahsad à IRIN. « Nous partons [à cause] du terrorisme. »

S’ils avaient su que la terre promise européenne serait si hostile, a-t-il ajouté, ils seraient peut-être restés en Turquie. (...)

Le trajet d’Afghanistan jusqu’en Europe par l’Iran et la Turquie prend en moyenne 65 jours pour ceux qui ne s’arrêtent pas, selon une enquête récente du HCR. Mais de nombreux migrants font de longues haltes en Iran, au Pakistan et en Turquie pour travailler afin de réunir l’argent nécessaire pour payer les passeurs qui les mèneront à l’étape suivante.

Dans le quartier de Vefa, à Istanbul, IRIN a interviewé un groupe de jeunes Afghans qui partagent un logement délabré et gagnent environ 15 dollars par mois en collectant du plastique, du verre et du carton pour les recycler. Ils économisent tous ces maigres revenus pour payer des passeurs qui leur permettront d’embarquer à destination de la Grèce. (...)

Contrairement aux Syriens et aux Irakiens, les Afghans ne peuvent pas bénéficier du programme de réinstallation officiel de l’Union européenne, qui prévoit d’accueillir dans d’autres pays de l’UE 160 000 réfugiés présents en Grèce et en Italie au cours des deux prochaines années. Légalement, les Afghans n’ont donc d’autre choix que de demander l’asile en Grèce, un pays plongé depuis six ans dans une crise financière.

De nombreux migrants décideront cependant de continuer leur route avec l’aide de passeurs, qui confluent déjà vers le parc Victoria pour profiter de cette manne de clients potentiels. (...)

Environ 8 000 migrants et réfugiés, principalement des Syriens et des Irakiens, attendent de traverser la frontière macédonienne à Idomeni, où les passages se font au goutte-à-goutte. Samedi, seulement 300 personnes ont pu passer, a dit Gemma Gillie, porte-parole de Médecins Sans Frontières à Idomeni. Dimanche, personne.

Lundi, des réfugiés ont perdu patience et ont tenté de franchir de force une barrière. Ils ont été refoulés par la police macédonienne à l’aide de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes.

De grandes organisations non gouvernementales interviennent dans les camps officiels, mais les migrants du parc Victoria et du port du Pirée ne peuvent compter que sur des bénévoles. (...)

Des organisations comme le HCR, le Comité international de secours et Human Rights Watch ont dénoncé la décision des pays des Balkans d’interdire l’entrée aux Afghans du seul fait de leur nationalité. (...)