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Marie-Claude Saliceti
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Street Press
L’enquête est en cours… Depuis deux ans. « Hitler n’a pas fini le travail » et autres insultes racistes par des policiers du TGI
Article mis en ligne le 3 juin 2021
dernière modification le 2 juin 2021

Selon un rapport et le témoignage de deux gardiens de la paix, deux policiers ont tenu des propos racistes et antisémites à l’encontre de leurs collègues. Deux ans après, ils n’ont toujours pas été sanctionnés.

« Ils [les nazis] n’ont pas fini le travail », dit l’un des policiers selon un témoin. Au téléphone, ce fonctionnaire de police raconte l’histoire d’une voix posée. Le 9 août 2019, trois gardiens de la paix auraient été la cible de propos racistes et antisémites. Les auteurs des diatribes haineuses sont également policiers, en poste au Tribunal de grande instance (TGI) de Paris. StreetPress s’est procuré un rapport (à lire en intégralité ici) qui décrit de manière détaillée la scène et a recueilli le témoignage de deux des six gardiens de la paix présents au moment des faits.

« C’est déjà grave de tenir un tel discours, mais en tant que policier c’est encore plus chaud », s’insurge une autre personne qui a assisté à la scène. Après un bref moment de répit, G., le policier blanc d’une vingtaine d’années serait revenu à la charge :

« De toute façon, les Noirs sont des prédateurs sexuels. Et ça, c’est dans leurs gènes, c’est leur nature. Il suffit de les voir chez eux, c’est leurs coutumes. »

Atterré, « le nouveau » stoppe le dialogue. La policière blanche aux cheveux rouges insiste :

« Je suis italienne et je vote FN. »

Son camarade, G., le policier chauve en espère plus :

« Ils ne sont pas assez forts. » (...)

Des aveux mais pas de sanctions

Le lendemain des faits, le nouveau décide de rédiger un rapport qu’il transmet à sa hiérarchie et à l’inspection générale de la police nationale (IGPN). C’est ce document que StreetPress s’est procuré. Le gardien de la paix est, peu de temps après les faits, entendu par l’IGPN. Dans le même temps, les deux policiers incriminés et trois autres fonctionnaires présents au moment de la conversation sont convoqués dans le bureau du commissaire de police chargé des brigades d’escortes du TGI.

Ils sont reçus par deux officiers de police et un major. D’après nos informations, ces gradés auraient assuré que rien ne sortirait du bureau. La conversation avait simplement pour objectif, expliquent-ils, d’apaiser les tensions entre fonctionnaires. C’est dans ce contexte que G., le policier chauve aurait reconnu avoir tenu les propos racistes et antisémites. Contacté directement par StreetPress, il nie tout ce qui lui est attribué. V., la policière aux cheveux rouges aurait, quant à elle, nié toute implication auprès de sa hiérarchie et n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Presque deux ans après les faits, l’enquête IGPN n’a toujours pas rendu ses conclusions. Joint par StreetPress, la préfecture de police assure qu’elle est toujours en cours. (...)

Pour les fonctionnaires qui ont dénoncé les diatribes racistes, le calvaire ne s’arrête pas là : on leur a collé une étiquette de « balances ». « Je vote pour qu’ils partent de la brigade. Je n’aime pas les balances », aurait par exemple crié un peu plus tard un autre policier en salle d’appel. Un policier de ce service raconte :

« Ils ont été mis à l’écart. Plus personne ne leur adressait la parole. Ils disaient que c’étaient des balances pour les faire partir. »

Quelques semaines plus tard, l’auteur du rapport est muté à sa demande en province. Deux autres gardiens de la paix victimes de ces propos racistes ont changé de service au sein du TGI. Mais leurs réputations de « balances » les auraient suivis. (...)