L’intérêt étant focalisé – à juste titre – sur la guerre qu’il mène contre l’Ukraine et son peuple, on oublie souvent de reconnaître les « traits de caractère » fondamentaux du poutinisme, qui font de lui le fleuron d’une Internationale Brune en gestation. Et pourtant, ce sont exactement ces « traits de caractère » ultra-réactionnaires du poutinisme qui expliquent, non seulement ses propres penchants belliqueux mais aussi, le pourquoi du soutien à sa guerre ukrainienne offert par l’aile la plus dure de l’extrême droite internationale. Et ceci à une époque où malgré les importantes défaites électorales qu’elle vient de subir au Brésil (Bolsonaro) ou aux États-Unis (Trump), cette Internationale Brune en gestation continue de représenter la plus grande et la plus immédiate menace pour les droits et les acquis démocratiques et sociaux de par le monde !
La première leçon qu’on peut tirer de ces constats devrait être que les soutiens internationaux à la guerre de Poutine ne sont ni accidentels ni éphémères, mais qu’ils sont très solides parce qu’ils correspondent aux profondes « affinités électives » idéologiques de leurs auteurs. C’est ainsi que l’apparent « mystère » qui enveloppe la collaboration plus qu’étroite entre deux régimes totalement dissemblables, comme ceux de la Russie laïque et de l’Iran théocratique, se dissout du moment qu’on tient compte du fait qu’ils partagent les mêmes « valeurs » liberticides et obscurantistes et qu’ils pratiquent les mêmes politiques profondément répressives et antidémocratiques.
Vues sous cet angle, tant la guerre ukrainienne de Poutine que la menace de « l’Internationale Brune en gestation » acquièrent une signification et un contenu beaucoup plus concret et redoutable, parce que ce contenu esquisse les contours d’un véritable programme de contre-révolution civilisationnelle et antidémocratique pour toute l’humanité ! Car, comme on l’écrivait dans un précédent article, ces autocrates ultra-réactionnaires et leurs régimes qui composent cette Internationale Brune « sont unis par leur racisme, leur xénophobie, leur autoritarisme, leur islamophobie et leur antisémitisme, leur rejet ouvert de la démocratie parlementaire (bourgeoise), leur misogynie, leur adoration des combustibles fossiles et leur climato-scepticisme, leur militarisme, leur mépris pour les droits et les libertés démocratiques, leur conception policière de l’histoire et leur complotisme, leur haine de la communauté LGBTQ, leur obscurantisme et leur attachement viscéral au triptyque « Famille-Patrie- Religion » [1] »
Évidemment, ce n’est pas un hasard si la haine des femmes et de tout ce qui est différent imprègne en toute priorité l’idéologie et la pratique de tout ce beau monde fascisant. Des ayatollahs iraniens à Trump et Orban, et de Bolsonaro et Erdogan à Poutine, en passant par l’Indien Modi, l’Espagnol Abascal (Vox) ou le Français Zemmour, tous ces dirigeants d’extrême droite nourrissent un mépris et une haine viscérale proche de la misogynie, à l’égard des femmes qui n’acceptent pas « leur rôle traditionnel » et pour tous ceux qui contestent le virilisme agressif qu’eux-mêmes professent et exhibent ostensiblement. (...)
Il va sans dire que toute cette avalanche de paroles et d’actes d’un sexisme horriblement grossier et agressif jouissent de la bénédiction des églises les plus rétrogrades, comme celle des évangélistes dans le cas de Bolsonaro et Trump, et des orthodoxes russes dans celui de Poutine. De ces mêmes églises qui se montrent pourtant très puritaines quand il s’agit de défendre bec et ongles la « famille traditionnelle » et de réprimer durement ce que ces dirigeants appellent « sexualité non-traditionnelle ». (...)
partout où se trouvent ces dirigeants, de l’Iran des ayatollahs aux États-Unis de Trump, et de la Russie de Poutine au Brésil de Bolsonaro, ce sont les femmes et les mouvements féministes et LGBT+, souvent de masse, qui sont à la tête des résistances les plus effectives et les plus radicales. Alors, ce n’est pas une surprise si les commentateurs et autres « analystes » occidentaux de la guerre de Poutine, s’en occupent en priorité sur nos écrans de télé, discourant à longueur de journée de la continuité qui existe entre ces politiques liberticides et barbares de Poutine et celles des… bolcheviks.
Le mensonge est énorme et la vérité historique diamétralement opposée. Poutine ne peut pas être « l’héritier des bolcheviks », pas seulement parce qu’il ne cesse de répéter qu’il… hait ces bolcheviks plus que tout autre [2], mais surtout parce qu’il est en train de faire tout le contraire de ce qu’ont fait ces bolcheviks en leur temps. (...)
Ce n’est pas d’ailleurs le fruit du hasard que la première femme chef de gouvernement (Ievguenia Bosch en Ukraine) et ministre (Alexandra Kollontai) de l’histoire mondiale étaient… des bolcheviques.
Mais là où l’énormité de leur mensonge crève les yeux c’est quand ils se réfèrent au traitement de la communauté LGBTQ. Poutine réprime et abolit ses (maigres) droits existants quand les bolcheviks ont été les premiers au monde à dépénaliser l’homosexualité, seulement quelques semaines après la Révolution d’Octobre ! Et en plus, ils ont autorisé les personnes transgenres à occuper des emplois publics et servir dans l’armée, comme ils ont permis de changer de genre sur demande par une simple formalité administrative. C’est à-dire, ils ont accordé des droits qui continuent à être inaccessibles dans la plupart des pays même occidentaux, plus d’un siècle plus tard ! (...)
Ceci étant dit, l’apparent « paradoxe » de l’unanime acceptation par la droite et par une certaine gauche de l’affirmation que le poutinisme plonge ses racines dans le bolchevisme, apparaît pour ce qu’il est : une monumentale escroquerie qui sert les intérêts tant des uns que des autres. Pourquoi ? Mais, parce que tant les uns que les autres ont tout intérêt à travestir la vérité historique pour pouvoir assimiler les bolcheviks, qui ont institué les premiers tous ces droits et libertés démocratiques, à Staline qui les a supprimer… d’ailleurs, ensemble avec leurs auteurs.
Notre épilogue est sans doute alarmant : Oui, elle est bien réelle, directe et cauchemardesque la menace que fait peser sur nos droits et nos libertés démocratiques et sociales cette Internationale Brune en gestation, qui plonge ses racines tant dans le fascisme que dans le stalinisme, tout ce qu’il y a eu de plus monstrueux dans le siècle passé. (...)