Depuis l’évacuation d’un squat la semaine dernière à Bruxelles, 250 demandeurs d’asile sans abri survivent dans un camp de fortune, en face de Fedasil, l’agence en charge de leur hébergement. Ultime illustration de la crise de l’accueil dans laquelle le pays ne cesse de s’enliser depuis un an et demi.
(...) depuis bientôt un an et demi, la Belgique est incapable d’absorber dans son réseau d’accueil la totalité des demandeurs d’asile. Au plus fort de la crise, en octobre 2022, des femmes et des enfants ont été contraints de dormir dehors. Fedasil, l’agence fédérale en charge de leur hébergement, les accueille de nouveau depuis décembre, mais les hommes seuls, eux, trouvent systématiquement portes closes. (...)
"En ce moment, 150 personnes en moyenne se présentent chaque jour à l’Office des étrangers pour y déposer une demande d’asile", indique Benoît Mansy, porte-parole de l’institution. Tous sont enregistrés et reçoivent "l’annexe 26", un document attestant que la procédure d’asile est bien lancée. "Les femmes et les enfants sont ensuite transférés dans l’un de nos centres, mais pour les hommes seuls, il n’y a pas de solutions. Alors on leur dit qu’il n’y a pas de places, qu’il faut s’inscrire sur la liste d’attente."
"Je me retrouve dehors, sous 3 degrés"
Leur annexe 26 sous le bras, les demandeurs d’asile se retrouvent à la rue. Ces derniers mois, entre 300 et 1 000 personnes avaient trouvé refuge dans un bâtiment abandonné situé 48 rue du Palais, dans le quartier de Schaerbeek. Mais depuis son évacuation le 14 février, 250 de ses anciens occupants - qui n’ont pas été relogés par les autorités - dorment sous des tentes installées en face du Petit-Château, siège de Fedasil. Sur le quai du canal qui sépare Bruxelles-Midi de la commune de Molenbeek, les toiles recouvertes de bâches s’alignent les unes après les autres. (...)
Sur le trottoir qui jouxte le quai, un ballet ininterrompu de voitures stationnent quelques minutes, le temps de décharger du thé, du café, des couvertures ou de la nourriture. Ce jour-là, à l’heure du déjeuner, Amal s’apprête à distribuer des spaghettis bolognaise maison. "On est venu entre copines", lâche-t-elle, en portant à bout de bras une cagette remplie de petites barquettes. C’est grâce à elles que Alimou peut manger aujourd’hui. Le demandeur d’asile guinéen compte cinq mois en Belgique, et tout autant à la rue. "Chez moi, j’étais vraiment en danger, je suis parti dans l’urgence, raconte cet opposant politique passé par la prison. En Europe, j’ai cru qu’on allait prendre soin de moi. Je me suis trompé".
"Il faut une solution politique" (...)
Entre octobre 2022 et janvier 2023, la clinique mobile de Médecins sans frontières (MSF), postée en face du squat de la rue du Palais, a observé 147 cas de diphtérie, une maladie respiratoire contagieuse qui sans traitement, peut conduire à la mort. Les pathologies psychologiques sont aussi nombreuses. "Au syndrome post traumatique de l’exil s’ajoute le choc de devoir dormir dehors, déplore David Vogel, responsable plaidoyer pour MSF Belgique. Quand vous vous retrouvez à dormir à la gare avec un couteau sous votre oreiller, cela laisse des traces. Ces derniers mois, nous avons constaté une augmentation des pensées suicidaires chez les demandeurs d’asile, et même, des passages à l’acte".
Dans le camp de fortune du Petit-Château, Richard reconnaît "parfois se sentir très mal". "Mais je me force à être positif, glisse-t-il dans un sourire. Je ne peux pas tout le temps être triste. Sinon, je deviens fou".