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la paix maintenant
Israéliens / Palestiniens, une réconciliation possible ?
Rencontre LPM-JCall avec le Forum israélo-palestinien des familles endeuillées, le 23/3/2015 – compte-rendu
Article mis en ligne le 14 mai 2015
dernière modification le 7 mai 2015

Le Forum israélo-palestinien des familles endeuillées réunit des familles qui ont toutes perdu un être cher dans le cadre du conflit israélo-palestinien. Les membres de l’association ont décidé de faire quelque chose de positif de leur deuil, afin que ce qu’ils ont connu dans leur chair ne se reproduise pas à l’avenir, et que leurs enfants connaissent enfin la paix. Cette association, créée il y a vingt ans à l’époque des accords d’Oslo, est toujours aussi nécessaire aujourd’hui.

Le lundi 23 mars à 20h30, JCall et la Paix Maintenant ont reçu au Cercle Bernard Lazare une délégation du Forum israélo-palestinien des familles endeuillées.

Ayelet Harel : « J’ai alors compris que nous étions tous des victimes »

Ayelet Harel, membre israélienne du Forum, s’est dite émue d’être là et de rencontrer des membres de la communauté juive – et non juive – de Paris. Elle a 48 ans, et trois enfants qu’elle élève seule. Sa famille est originaire de Pologne et Russie, et a grandi à Holon.

Son frère aîné, incorporé en 1981, a perdu la vie l’année suivante, au troisième jour de la guerre du Liban. Il a été abattu sur un tank à l’entrée d’un camp de réfugiés. La vie d’Ayelet en a été brisée et plus rien depuis n’a jamais été pareil. Elle avait alors seize ans, sa jeune sœur douze.

Quelques temps plus tard, lorsque des officiers ont voulu montrer à la famille l’endroit où le jeune homme avait été abattu, Ayelet a vu pour la première fois un camp de réfugiés totalement détruit par les bombardements de l’armée israélienne. Venue en tant que victime, elle n’a aperçu autour d’elle que des enfants et des femmes sans abri. « J’ai alors compris que nous étions tous des victimes, et ce fut un second traumatisme », raconte-t-elle. (...)

Mazen Faraj : « La question qui nous concerne, nous Palestiniens, c’est la justice et non pas la violence. »

Mazen Faraj débute son intervention en hébreu sur une note humoristique : coupant le micro, il déclare : « Il y a suffisamment d’obstacles entre nous, ce n’est pas la peine d’en rajouter, je parlerai sans micro. » Rires discrets dans la salle.

Mazen Faraj vient d’un camp de réfugiés près de Bethléem. Il a 43 ans et trois filles, dont la plus jeune a six mois. « On me surnomme le père-aux-filles ». Mazen est né et a toujours vécu dans ce camp de réfugiés. Son père avait six ans en 1948 quand il a fui la violence et est arrivé là.

« Pourquoi nous manque-t-il si souvent l’électricité ou l’eau ? Pourquoi mon père est-il à la maison toute la journée à ne rien faire ? Pourquoi sommes-nous treize dans une seule pièce et quatre-vingt élèves par classe ? J’ai commencé à me poser de très nombreuses questions », raconte Mazen.

« Et la seule réponse qu’on me donnait, c’était la Nakba, la création d’Israël suivie de la fuite des Palestiniens. La situation “provisoire” que connaissent les réfugiés dure depuis 67 ans et aucune solution ne se profile. Vivre dans cette réalité oblige à faire quelque chose de sa vie », ajoute-t-il.

Mazen Faraj a été très actif durant la première Intifada. Il voulait avant tout dire aux Israéliens qu’il existait, que lui aussi avait des droits. Il a passé trois ans et demi en prison. La première fois, il avait 15 ans. « C’est l’âge où un jeune fait des études et prépare son avenir. Mais l’occupation domine ta vie, donc tu ne peux pas vraiment faire de choix. La situation choisit pour toi », constate Mazen. (...)

En 2005, lors d’une réunion du Forum, Mazen Faraj a rencontré Rami, un Israélien ayant perdu sa fille de 14 ans dans un attentat. Ils ont entamé un dialogue sur leurs drames personnels. Pour Mazen, Rami ne pouvait pas souffrir, car il était l’occupant ; mais quand il a commencé à parler de sa fille, Mazen a compris qu’ils étaient associés dans une douleur commune.

« J’ai senti qu’ensemble nous pouvions utiliser notre douleur et notre deuil pour renverser les choses autour de nous. Depuis 9 ans, je vais partout dans le monde pour répéter une seule chose : nous ne sommes pas destinés à vivre dans ce malheur. Il est de notre responsabilité à chacun de faire notre part afin que les choses changent. » (...)

Le Forum s’efforce de constituer les groupes à partir d’un point commun, notamment professionnel. Ces groupes de rencontre ont avant tout pour objet d’aider Israéliens et Palestiniens à avoir une meilleure compréhension de l’autre. C’est à travers le dialogue et l’échange que positions et perceptions évoluent.

Plus de 500 personnes se sont déjà rencontrées, le plus souvent en Cisjordanie, dans une zone où tous peuvent entrer sans autorisation. Les groupes effectuent aussi une visite à Yad VaShem et dans un village détruit par les Israéliens en 1948. Il ne s’agit pas d’une compétition, mais d’établir un processus d’empathie.

« Les personnes qui se réunissent à l’initiative du Forum ont été atteintes au plus profond d’elles-mêmes par le conflit. Le processus de discussion ne se termine pas dans un grand élan d’amour, mais les participants connaissent des évolutions et améliorent leur compréhension de l’autre. Il y a des moments violents pendant les rencontres, on ne se fait pas de cadeaux, mais il se passe vraiment quelque chose. On permet à chacun de regarder le conflit d’une autre manière », raconte Ayelet.

Un documentaire a été réalisé en 2011 sur l’un de ces groupes, Two Sided Story. (...)

Les membres du Forum se sont battus pour parvenir à une version unique de Two Sided Story, représentative des deux parties, prenant en compte les sensibilités – politiques, culturelles, religieuses – palestiniennes comme israéliennes.

Le documentaire a été diffusé près d’une centaine de fois depuis quatre ans lors de rencontres en Israël, notamment dans des écoles. Il a également été diffusé à la télévision israélienne. Une dizaine de rencontres ont été organisées avec des Palestiniens. Malheureusement, ce film n’a pas de canal de diffusion en France, mais il est possible de l’acquérir en anglais.

Le Forum a par ailleurs d’autres projets, tels que des rencontres entre femmes palestiniennes et israéliennes autour de la cuisine, qui ont abouti à la réalisation d’un livre de recettes [2]. (...)