Pour Jacques Rancière, la démocratie n’est pas à proprement parler un régime politique, comme le pense la tradition philosophique. Elle est, comme l’écrit Rancière, « régime d’indétermination des identités, de délégitimation des positions de parole, de dérégulation des partages de l’espace et du temps ». Autrement dit, elle interdit toute hiérarchisation figée du commun, toute institution définitive des positions sociales au profit d’une continuelle et permanente remise en question de l’ordre établi.
La démocratie est plus un mouvement de mise en question de l’institution qu’une institution en tant que telle. Pour comprendre d’où vient cette conception de la démocratie, il faut, comme nous y invite Anders Fjeld, partir de la conception de l’égalité selon J. Rancière. L’égalité n’est pas un terminus ad quem, mais un terminus a quo, pas une fin à accomplir, mais un point de départ à rendre concret. Et, selon l’auteur, le travail de Rancière s’intéresse à l’égalité comme travaillant le social sur trois niveau : égalité intellectuelle, égalité politique et égalité sensible.(...)
Rancière est à l’opposé d’un discours qui légitimerait un savoir savant et une mainmise confiscatoire d’une faculté devant laquelle les hommes sont égaux.
Ainsi se clôt le parcours fin et très éclairant et structuré de l’itinéraire intellectuel de Jacques Rancière avec, au cœur, l’idée d’égalité, qui seulement comprise comme il le fait, donne tout son sens à l’exigence de démocratie. Jacques Rancière. Pratiquer l’égalité réussit avec panache le pari de tenir ensemble des éléments et des champs d’étude apparemment hétérogènes et irréductibles les uns aux autres, en déclinant la notion d’égalité comme dénominateur commun à ces différents domaines