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Marie-Claude Saliceti
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"Infliger la détresse" : Human Rights Watch dénonce la stratégie de l’État à Calais
Article mis en ligne le 8 octobre 2021

Harcèlement policier, destructions quotidiennes des lieux de vie, restriction de l’accès à l’aide humanitaire... Dans un rapport paru jeudi 7 octobre, l’ONG Human Rights Watch épingle à nouveau la politique des autorités françaises envers les exilés survivant dans le Nord, plus particulièrement à Calais.

"Infliger la détresse : Le traitement dégradant des enfants et adultes migrants dans le nord de la France" : le titre du rapport de Human Rights Watch, paru ce jeudi 7 octobre, est éloquent. Selon les associations interrogées, environ deux mille personnes, dont au moins 300 mineurs non-accompagnés, vivaient dans des campements informels à Calais et ses alentours à la mi-2021. Pour réaliser son rapport, HRW a interrogé 60 exilés, dont 40 s’identifient comme MNA.

Leurs lieux de vie sont quotidiennement détruits. Le rapport de HRW cite les données recueillies par Human Rights Observers, un collectif produisant des comptes-rendus mensuels détaillés des expulsions et destructions de matériel par les forces de l’ordre. En 2020, pas moins de 950 expulsions ont eu lieu à Calais, tandis que plus de 5000 tentes et bâches, ainsi que des centaines de sacs de couchage, ont été saisis. HRW relate également que des tentes sont régulièrement tailladées par des sociétés de nettoyage, sous supervision de la police.

Les migrants anticipent ces expulsions en quittant temporairement leur lieu de vie, "entre 20 et 30 minutes, avant de retourner s’y installer", précise le rapport. "Un matin sur deux, on récupère nos tentes, puis on les replace une fois que la police a regardé partout", confie Irfan R., un Syrien de 17 ans. (...)

En règle générale, les lieux de vie sont expulsés toutes les 48 heures, calcule HRW. Un rythme instauré depuis "mi-2018". Déjà en 2019, Leilani Farha, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le logement convenable, observait que ces tactiques policières engendraient "un cercle vicieux d’expulsions forcées et d’augmentation du nombre de sans-abri et de campements de courte durée". (...)

Ces expulsions ont un lourd impact sur la santé physique et mentale des migrants. "Les exilés ne peuvent dès lors plus se reposer et restent constamment en veille. Ils sont visiblement dans un état d’épuisement physique et mental", relevait la Défenseure des droits, Claire Hédon, en septembre 2020.
Restriction de l’aide, pression sur les bénévoles

Ces techniques policières concernent aussi les bénévoles. HRW affirme que "les policiers ont par ailleurs harcelé des bénévoles de Human Rights Observer (HRO), d’Utopia 56 et d’autres associations non gouvernementales qui observent la police lors des expulsions". Les freins au travail associatif passent aussi par la multiplication des amendes liées au code de la route, selon l’ONG. "Pression des pneus insuffisante, pare-brise ébréché, clignotant actionné dans un délai trop court avant de tourner, stationnement illicite" sont autant de motifs, listés par le rapport, qui reviennent à "créer des obstacles à la délivrance d’aide humanitaire".

De fait, la réponse aux besoins primaires est devenue "un combat quotidien", relate HRW. S’agissant des distributions menées par les autorités, elles "ne sont pas organisées dans tous les lieux de vie". (...)

Parmi les recommandations de HRW, il est suggéré aux préfectures de collaborer avec le département pour trouver des solutions alternatives d’hébergements. Quant aux mineurs non-accompagnés, les services de l’Aide Sociale à l’Enfance "devraient faire davantage" pour les informer de leurs droits, insiste l’ONG.
"Nous protestons contre l’injustice et défendons nos droits"

En résonance avec ces constats, un collectif d’exilés appelle à une manifestation à Calais, le vendredi 8 octobre, en fin d’après-midi. "Nous avons été patients avec les souffrances et les tragédies dans lesquelles nous vivons. Aujourd’hui nous manquons de patience, alors nous avons décidé de protester", écrivent les migrants dans une lettre parue ce jeudi 7 octobre. (...)

Ce ras-le-bol fait suite au décès d’un jeune homme, Yasser, fin septembre. "Nous protestons contre l’injustice et l’absence de médias, et défendons nos droits, nos droits perdus et le droit de l’âme pure et innocente qui a été tuée la semaine dernière", conclut l’appel.