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Indignez-vous, fustigez-vous, on s’en fout
par Bernard Dugué vendredi 13 mai 2011
Article mis en ligne le 15 mai 2011
dernière modification le 13 mai 2011

L’indignation est un ressort essentiel de la résistance nous dit Stéphane Hessel dans son opuscule écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Le succès de ce petit livre a surpris tous les observateurs car l’auteur, même s’il peut se revendiquer de combats justes et légitimes tout en bénéficiant d’une aura et d’une honorabilité sans faille, n’a rien d’une de ces célébrités qu’on voit à la télé depuis des décennies, de BHL à Attali.

C’est certainement le côté désintéressé de Hessel qui a séduit les Français, de 9 à 99 ans. Un Hessel incarné en sage républicain délivrant un conseil adressé aux générations futures pour qu’elles ne dilapident pas les acquis sociaux obtenus après 1945 et les résolutions du Conseil national de la résistance. (...)

S’indigner c’est résister ! Avez-vous remarqué combien cette idée de résistance est devenue présente dans les discours, les propos, les interventions de personnalités, les écrits d’éditorialistes et surtout, les billets rédigés sur les blogs et relayés dans les conversations de comptoir qui parfois, se déclinent en formules criées dans les manifestations récentes. (...)

Hélas, à force de crier, de s’exprimer, les indignations sont noyées dans le flot de déclarations publiques. Même les politiques s’indignent, réagissent. Et vas-y que je condamne, depuis l’Elysée, Matignon, ou bien une improbable villégiature du Lubéron. Alors que d’autres fustigent. (...)

Quand on ne s’indigne pas et que l’on ne peut pas fustiger, on peut dénoncer. (...)

Finalement, quand vous vous indignez, vous avez le sentiment de ne pas encore être tout à fait mort et chaque matin qu’il pleuvra, vous pourrez aussi pester contre le mauvais temps. Tant que ça râle, c’est que ça vit ! Vous ne vous indignez pas assez, mais fustigez-vous, donc, et même dénoncez-vous et puis, allez au confessionnal, un bon citoyen qui veut son salut dans la communauté des vivants se doit de s’indigner et puis… (...)

Platon, un peu de philosophie, pardon, savait distinguer les disciplines authentiques des artifices jouant sur les apparences. Rhétorique opposée à la sophistique, toilette opposée à la gymnastique. L’indignation ne serait alors qu’une posture de façade face à la vraie colère, à la passion révolutionnaire. L’indignation comme marque de fabrique du citoyen conforme, formaté comme un produit vendu par le marketing. (...)

La révolution naît quand le peuple comprend que ce qui l’indigne et suscite sa révolte, sa colère, n’est pas causé par un mauvais fonctionnement du régime en place mais par la structure du régime. Il n’y aura pas de révolution en France. Car les citoyens ne connaissent pas la structure du régime. Ils sont agacés parce que leur quotidien ne se passe pas bien. Ils ne savent pas quelle est la part de responsabilité dans cet état de fait, la leur, celle des dirigeants, celle du régime, celle du système. Les Français sont relativement ignorants, les révolutions sont dans le passé, l’avenir ne leur appartient plus.
(...)
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