« There is no alternative ». Ce slogan impérieux attribué à Margaret Thatcher symbolise à lui seul la tranquille assurance des adeptes de l’ultralibéralisme lorsque, à la fin du XXème siècle, encouragés par l’échec des régimes communistes, ils ont pu prétendre au monopole du réalisme économique. Un boulevard s’est alors ouvert devant eux pour mettre en œuvre l’article premier de la doctrine, qui se trouvait être aussi la condition première de sa propagation effective : réduire les prérogatives et domaines d’intervention de l’Etat.
« Dépense publique : serrer les boulons ou repenser l’Etat ? ». En première lecture de cet éditorial, à la une du Monde du 12 septembre, il est un peu difficile de comprendre où veut en venir l’auteur.
Car l’Etat a déjà été passablement "repensé". Au cours des 40 dernières années, l’Europe et les Etats qui la composent ont connu - et souvent promu - des évolutions qui ont bouleversé la hiérarchie des pouvoirs entre la puissance publique et le monde économique et financier.
« There is no alternative ». Ce slogan impérieux attribué à Margaret Thatcher symbolise à lui seul la tranquille assurance des adeptes de l’ultralibéralisme lorsque, à la fin du XXème siècle, encouragés par l’échec des régimes communistes, ils ont pu prétendre au monopole du réalisme économique. Un boulevard s’est alors ouvert devant eux pour mettre en œuvre l’article premier de la doctrine, qui se trouvait être aussi la condition première de sa propagation effective : réduire les prérogatives et domaines d’intervention de l’Etat.
Mission accomplie : l’Etat a ouvert ses frontières, perdu le contrôle de la monnaie et du change, dérégulé et privatisé sur un rythme soutenu. Il en ressort doublement laminé, par la réduction de son pouvoir et par l’épuisement de son crédit, abondamment mis à contribution pour sauver de la ruine les apprentis sorciers de la finance et secourir les laissés pour compte du système.
Du marché outil, nous sommes passés au marché souverain, qu’il faut « rassurer » et dont il faut « regagner la confiance », comme on ne cesse de nous le dire. Le modèle de société dans lequel nous vivons aujourd’hui doit plus aux conséquences de ces abandons de pouvoir et de territoire qu’à l’action de nos dirigeants dans les domaines dont ils ont gardé le contrôle.
Diminué et sous tutelle financière, le prince n’inspire plus le respect. (...)
Les conséquences les plus immédiates et les plus commentées de ce mol abandon sont d’ordre économique mais c’est dans l’ordre politique que le mal est le plus profond. : Des gouvernants - qui ont abdiqué les pouvoirs qui leur avaient été confiés - soumettent des peuples à une prétendue fatalité, qui n’est que le reflet de la situation d’impuissance qu’ils ont ainsi créée. (...)