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libération
« Il y a une impunité pour les cas d’usages illégaux de la force par la police »
Anne-Sophie Simpere est chargée de plaidoyer « libertés » à Amnesty International France.
Article mis en ligne le 20 novembre 2019

Pour Anne-Sophie Simpere, d’Amnesty International, l’usage de LBD 40 et de grenades demeure une exception française en Europe.

« Manifestement, ce week-end, il n’y a pas eu de changement de stratégie de l’usage de la force dans les manifestations. Une stratégie répressive semble avoir été conservée, notamment place d’Italie, à Paris, avec un usage massif de gaz lacrymogène, et dans deux cas qui, sous réserve de confirmation par une enquête, font état d’un usage excessif de la force. Celui d’un journaliste blessé au visage et celui d’un manifestant touché à l’œil par un lancer de grenade. Selon la vidéo, il ne commettait manifestement aucun acte délictueux, donc l’usage de la force n’était pas nécessaire et disproportionné, donc illégal. Il faudrait déterminer s’il a été touché accidentellement ou s’il a été visé, mais cela questionne le respect des règles d’usage de cet arsenal, qui ne devrait en aucun cas être lancé à hauteur du visage. Encore une fois, le droit de manifester a été mis en danger : une manifestation légale a été annulée et plusieurs témoignages de gilets jaunes sont remontés, venus manifester pacifiquement sur la place d’Italie et qui en ont été empêchés. Il est regrettable que le ministère de l’Intérieur donne l’impression de ne pas avoir revu sa copie en termes de stratégie de maintien de l’ordre.

« La France est complètement en retard par rapport à un certain nombre de pays européens qui se questionnent et travaillent sur des techniques de désescalade dans le maintien de l’ordre. Leurs agents ne sont pas équipés et ne portent pas de LBD 40 ou de grenades qui créent des tensions avec les manifestants. (...)

« Il y a une forme d’impunité pour les cas d’usages illégaux de la force par la police. Aucune des recommandations que nous avons présentées n’a été suivie d’effets. Les enquêtes et condamnations pour des faits de violence policière sont très rares, et quand bien même il y en a, les peines sont très faibles au vu de la gravité des faits reconnus. A l’inverse, les interpellations et gardes à vue des manifestants se sont généralisées. (...)

Si la responsabilité des forces de l’ordre était davantage engagée, s’il y avait davantage de sanctions pour usage illégal de la force, on constaterait sûrement plus de retenue. Cependant, les abus de violence ne sont pas des cas isolés, mais s’inscrivent dans une doctrine générale, qui vient du ministère de l’Intérieur. »