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Marie-Claude Saliceti
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Gilets jaunes, un an : une féroce répression contre l’union des colères
Article mis en ligne le 20 novembre 2019

Le premier anniversaire des Gilets jaunes, le 16 novembre, a été marquée par une féroce répression. Dans le même temps, une vingtaine de collectifs ont occupé l’ancienne salle de concert parisienne la Flèche d’Or (XXe) pour ouvrir une Maison des peuples. Ce lieu de convergence a été évacué dès le dimanche soir.

Gazé et matraqués sans sommation. Voilà le sort réservé aux personnes venues en soutien à l’évacuation de la première Maison des Peuples de Paris, ouverte samedi 16 novembre par une vingtaine de collectifs militants. Ils avaient pris possession de l’ancienne salle de concert de la Flèche d’Or (20e), pour en faire un lieu d’échange, d’écoute et de retrouvailles à l’abri de la répression et des nuages de lacrymogènes. C’est pourtant dans les gaz que cette expérience éphémère mais ô combien symbolique s’est terminée. Pour procéder à l’évacuation en toute tranquillité, les forces de l’ordre avaient totalement bloqué la rue de Bagnolet, qui mène à la Flèche d’Or. Une petite cinquantaine de personnes étaient présentes, certaines étaient là en soutien, d’autres étaient de simples habitants désirant retrouver leur appartement. Les ordres étaient stricts : interdiction formelle à quiconque de franchir ce barrage.

À 17 heures, certains ont essayé de passer. Une première tentative soldée par un tir de grenades assourdissantes et de lacrymogènes, dont le nuage a envahi toute la rue.

Une fois leurs larmes séchées, les soutiens sont revenus plus remontés que jamais aux slogans de « tout le monde déteste la police ». Une voisine, la soixantaine, n’a pas caché son indignation : « J’habite ici moi monsieur. De quel droit vous me gazez ? » Deux adolescentes paniquées se demandent comment elles vont rentrer chez leurs parents. Trente minutes plus tard, un homme, bon chic bon genre, se glisse discrètement entre deux CRS. Un autre tente de le suivre avant d’être violemment repoussé. (...)

La grande salle, à l’abandon depuis deux ans, ressemblait à un havre de paix (...)

Les portes de cette fugace Maison des Peuples sont désormais fermées. Mais l’expérience avait bien commencé. Samedi 16 novembre, dès 15 heures, une chaîne humaine déchargeait du matériel : provisions, matelas, chaises, butagaz. De quoi tenir un siège. Un homme, grimpé sur une échelle, avait coupé la sonnerie stridente d’une alarme de sécurité. Une bibliothèque fût installée. En quelques heures, l’ancienne salle de concert de la Flèche d’Or était métamorphosée. Alors que dehors, la répression des manifestations du premier anniversaire des Gilets jaunes faisait rage, cette grande salle, à l’abandon depuis deux ans, ressemblait à un havre de paix. (...)