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Marie-Claude Saliceti
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Gilets jaunes de Saint-Nazaire : « Pas possible de rentrer chez soi après ça »
Article mis en ligne le 9 janvier 2019

À la veille du samedi 24 novembre, l’assemblée des Gilets jaunes de Saint-Nazaire réunissait environ 200 personnes. Et elle faisait la déclaration qui suit : « Nous n’attendrons plus que la solution vienne d’en haut. Les directions politiques, financières et industrielles qui gouvernent aujourd’hui notre pays seront toujours incapables de résoudre à notre place des problématiques sociales et environnementales que bien souvent elles n’entendent et ne voient même pas. La solution est en nous-mêmes, nous les travailleurs, les chômeurs, les retraités, de toutes origines et de toutes couleurs. Agissons tant qu’il est temps. [...] Notre objectif est de redonner le plus rapidement possible le pouvoir de décision au peuple, par le peuple et pour le peuple. »

(...) Cette Maison du peuple a attiré du monde de partout : de la région mais aussi de plus loin, Cholet, Rennes, Lorient ou Pontivy. Et son modèle a fait des petits dans tout le pays. Mis à part un bref accrochage devant la mairie lors d’une première tentative d’occupation, le choix collectif est plutôt de faire le dos rond pour mieux résister. Face aux interventions policières, les Gilets jaunes se replient, pour revenir ensuite, plus déterminés que jamais. Certains ronds-points sont désormais dotés de cabanes bien équipées, qui permettent de tenir malgré les intempéries. Certains y dorment. On s’y presse autour des feux, on y casse la croûte, on y offre le café aux conducteurs et aux routiers, qui s’arrêtent volontiers. Des dockers donnent un coup de main. Bref, peu avant Noël, le mouvement était loin de « s’essouffler » comme les médias s’efforçaient de le faire gober. (...)

Malgré la menace d’expulsion qui pèse sur la Maison du peuple, les Gilets jaunes nazairiens réfléchissent aujourd’hui [2] à diverses manières de prolonger son action constructive. « Notre objectif n’est pas de détruire mais bien au contraire de construire un monde plus humain », énoncent-ils dans une déclaration. Le débat continue, tout aussi riche qu’il l’a été pendant ces cinq premières semaines. Car, au fil de ce moment magique — « comme seule la lutte peut en apporter », note un des participants — se fait « un apprentissage à vitesse accélérée », un « accouchement citoyen tellement fort que ça ne peut pas s’arrêter comme ça ». Ce que confirme une autre : « Pas possible de rentrer chez soi après ça. »