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Marie-Claude Saliceti
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Giles jaunes, un mouvement qui appelle la vigilance, mais aussi la solidarité
ARTISTES, CITOYEN.NES PARMI LES CITOYEN.NES
Article mis en ligne le 11 janvier 2019

Un collectif d’artistes vient de lancer un appel, alors que le mouvement des Gilets jaunes provoque interrogation et doutes dans la société. Une révolte, une révolution... dans tous les cas, un mécontentement qui fait écho à bien des malaises ressentis. Nous en diffusons le texte dans son intégralité.

La fin d’année 2018 a vu émerger un mouvement social qui est bien plus qu’une lutte de résistance. Excédée par la montée des inégalités depuis les années 80 et la condescendance de la classe politique, une partie de la population française est descendue dans la rue. Ceci s’est fait sans la médiation des syndicats ni des partis politiques. Dans la France dite périphérique, cela a débuté et pris la forme d’une occupation du territoire sur les ronds-points et péages.

Cela s’est doublé de manifestations atypiques dans les petites et grandes villes du pays sur un rythme hebdomadaire. Deux mois après le commencement, les groupes « gilets jaunes » se structurent localement, organisent des assemblées générales et des groupes de travail pour réfléchir et agir collectivement.

L’année 2019 commence et nombre de citoyennes et citoyens phosphorent le monde de demain. Sur les réseaux sociaux, dans les associations, dans les réunions des comités de lutte et syndicats. Nombre de personnes engagées politiquement ont rejoint les cortèges afin de réaliser une convergence des luttes. Seuls chez soi devant leur télévision les gens s’interrogent, doutent, soutiennent ou condamnent. La classe politique en est déboussolée. Devin serait celui qui pourrait dire ce qu’il va advenir de tout cela !

Les désastres du néolibéralisme

Dans cette immense œuvre participative et combative imaginée par la population elle-même, des artistes et des auteurs phosphorent au diapason. Simultanément des silences gênés — parfois même des condamnations morales — émergent des milieux culturels. Il y a effectivement une juste inquiétude à avoir lorsqu’une révolte non partisane agrège de l’extrême gauche à l’extrême droite avec un cœur abstentionniste.

Toute révolte populaire tend à attiser des volontés d’instrumentalisation et à réveiller de sombres manipulateurs totalitaires, celle-ci ne fait pas exception. Ce mouvement social appelle certes notre vigilance, mais aussi notre solidarité.
(...)

Les artistes pour une nouvelle alliance

Ce n’est qu’en reprenant en main de manière collective, dans un esprit de partage démocratique, la gestion des territoires que nous pourrons préserver la biodiversité et un mode de vie pacifique. Dans le cadre de la politique libérale actuelle, cette transformation se fera au mépris des intérêts de la population... Quand tout sera privé, nous serons privés de tout !

Dans ce contexte de déprise de l’État dans la sphère culturelle, du recul de « l’exception culturelle », de la montée du mécénat privé, de la financiarisation du marché de l’art, les artistes et la création sont fragilisés. Nous artistes et collectifs d’artistes, commissaires d’exposition, auteurs et critiques d’art, historiennes et historiens de l’art, médiatrices et médiateurs culturels, professeurs d’art faisons le vœu que l’État cesse son désengagement et sa logique de privatisation de la culture.

Nous sommes résolus à ce que l’art ne soit pas cantonné au rang de marchandise. (...)

Nous sommes résolus à participer à cette nouvelle alliance avec le monde dont le véritable défi n’est pas tant celui de résister que celui d’inventer. Nous sommes résolus à l’entraide et au trait d’union, pour inventer de nouvelles solidarités transversales. Nous sommes résolus au combat d’une créativité partagée, pour prendre notre part dans la revitalisation de la démocratie.