Pour contrôler et réprimer l’immigration, l’État fait parfois appel au privé. Sa politique xénophobe devient ainsi source de tourments pour les uns, et de profits pour les autres. Dans ce secteur d’activité en pleine expansion, des cabinets d’avocats s’offrent une part du gâteau.
La politique de traque, de détention et de refoulement des personnes sans-papiers ne contribue pas seulement à maintenir les inégalités racistes et xénophobes. Elle offre aussi des perspectives de business à certaines entreprises. « De leur construction à leur administration en passant par les activités liées à leur intendance (restauration, blanchisserie, ménage, etc.), les camps d’étrangers représentent une source de profits pour de nombreuses entreprises », rappelait ainsi Migreurop dans un récent rapport [1]. Autres bénéficiaires : les sociétés contribuant au fichage des étrangers, à leur expulsion ou au renforcement des frontières [2]. (...)
Mais dans cette chaîne lucrative, un maillon passe souvent inaperçu. Celui des procédures judiciaires. Une politique d’enfermement et d’expulsion massive entraîne en effet d’innombrables audiences, notamment devant les tribunaux administratifs et les juges des libertés et de la détention (JLD), où les personnes sans-papiers peuvent contester les décisions des préfets. À ces audiences, des fonctionnaires du service « étrangers » de la préfecture ou de la Police aux frontières (PAF) sont chargés de justifier les décisions de l’administration : reconduite à la frontière, enfermement dans un centre de rétention administrative (CRA), refus d’un titre de séjour, assignation à résidence, etc. Mais ce rôle peut aussi être confié, suite à des appels d’offres, à des cabinets d’avocats. Une aubaine : près de 48 000 personnes placées en rétention en 2015, ça représente quelques honoraires en perspective...
Ouvrez les frontières... entre public et privé (...)