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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Fonds Marianne : les responsables associatifs accablent Schiappa et le préfet Gravel
#Schiappa #subventions
Article mis en ligne le 1er juin 2023

Les sénateurs ont auditionné les représentants des deux associations ayant reçu le plus d’argent du fonds Marianne, au cœur de l’affaire qui inquiète Marlène Schiappa. Leurs auditions mettent en difficulté la ministre et le responsable de son administration.

Son audition était largement attendue, mais sa chaise est finalement restée vide. Mohamed Sifaoui, le journaliste controversé qui a été salarié et dirigeant de l’association ayant bénéficié de la plus grosse subvention du fonds Marianne, a invoqué des « raisons de santé » pour ne pas se présenter devant les membres de la commission d’enquête sénatoriale, qui devaient l’auditionner mercredi 31 mai.

Le sénateur socialiste Claude Raynal, qui préside ladite commission, a immédiatement précisé qu’il attendait que le grand absent du jour fournisse « les justificatifs nécessaires » au report de son audition. (...)

En l’absence de Mohamed Sifaoui, son acolyte Cyril Karunagaran a donc été interrogé seul, en qualité d’ancien président de l’Union fédérative des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire (USEPPM), une association ancienne et reconnue d’utilité publique, à laquelle le journaliste a fait appel pour recevoir l’argent du fonds Marianne, lancé par Marlène Schiappa au printemps 2021, quelques mois après l’assassinat du professeur Samuel Paty. (...)

Bien qu’elle ne soit pas spécialisée dans les sujets liés à la laïcité ou à la radicalisation religieuse, cette structure a été la mieux subventionnée par le projet de l’ancienne ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Elle a reçu une promesse de financement de 355 000 euros, alors qu’elle ne disposait les années précédentes que d’un budget moyen de 50 000 euros, qu’elle était en proie à des luttes internes et ne comptait que cinq adhérents, de l’aveu même de son président.

Quant au dossier présenté pour recevoir les fonds publics, il tenait, comme Mediapart l’a révélé, dans une « note de synthèse » comportant sept phrases. L’USEPPM y expliquait vaguement que son projet visait à « apporter une réponse appropriée et efficace dans le cadre d’un contre-discours qui puisera son essence dans les valeurs de la République et dans le rejet de toute forme d’extrémisme et de radicalité ». (...)

L’USEPPM avait initialement sollicité une subvention de 655 000 euros sur deux ans, mais elle a dû revoir son projet à la baisse, le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), qui pilotait l’opération, ne pouvant s’engager sur un financement pluriannuel. L’administration dirigée par Christian Gravel connaissait bien Mohamed Sifaoui, a rappelé Cyril Karunagaran, car le journaliste en avait formé les équipes. (...)
(...)

. « On a cherché à faire de la qualité, et non de la quantité », a-t-il nuancé, comme le fera dans la foulée Ahlam Menouni, la présidente de Reconstruire le commun, l’autre association au cœur de l’affaire, elle aussi auditionnée mercredi matin. (...)

Cette toute jeune structure a reçu 29 250 euros du CIPDR fin 2020, le lendemain après sa création, avant de bénéficier de 330 000 euros du fonds Marianne. « On a juste foncé, on ne s’est pas posé 12 000 questions », a expliqué sa présidente, en réponse au sénateur socialiste Vincent Éblé, qui s’étonnait qu’une association naissante puisse prétendre à de si grosses subventions.

Interrogée à plusieurs reprises sur les vidéos à caractère politique produites par la structure grâce au fonds Marianne, la jeune femme s’est défendue en évoquant des « analyses politiques » en prise avec la jeunesse. Pas une fois, a-t-elle promis aux sénateurs, n’a-t-elle été « convoquée » par le CIPDR qui, contrairement à ce qu’avait affirmé le préfet Christian Gravel sous serment, n’a « jamais interdit [aux membres de l’association] de faire des contenus politiques ». Quant aux remarques qui auraient été émises sur le contenu des vidéos en question, Ahlam Menouni assure qu’elles ne l’ont été qu’à une ou deux reprises, toujours de façon informelle.

Surtout, a précisé la présidente de Reconstruire le commun, elle ne concernait pas du tout les attaques visant les opposant·es d’Emmanuel Macron (...) »