On traite Ferguson comme une zone de guerre », s’étonne le Huffington Post américain, en s’appuyant sur des photos de policiers harnachés comme des soldats pour réprimer les émeutes dans le Missouri après la mort de Michael Brown.
Les images sont impressionnantes. Masqués, en treillis, munis d’armes lourdes, équipés de véhicules conçus pour résister aux mines (il n’y a pas pourtant pas de mines) et d’hélicoptères, les forces de l’ordre ressemblent davantage à une inquiétante armée qu’à l’inspecteur Columbo. « Dangereux », estime Slate.
« Hormis un épisode isolé de pillage, la police de Ferguson n’est pas confrontée à un danger particulier. Cependant, elle traite les manifestants – et les habitants pour faire court – comme une population à occuper, pas comme des citoyens à protéger. Cela révèle un problème plus large. » (...)
Ce problème plus large, c’est celui de la militarisation du maintien de l’ordre. Dans un entretien accordé à Rue89 en 2010, le chercheur en sciences sociales Mathieu Rigouste la définissait ainsi :
« On observe une hybridation réelle de la police et de l’armée, de la guerre et du contrôle. Dans les matériels, les personnels, les techniques, les pratiques et les idées, les domaines classiques de la police tendent à se militariser et les domaines de la guerre, à s’inscrire dans un schéma de police globale. »
Ce lent processus touche toutes les démocraties occidentales mais s’inscrit dans une continuité historique propre aux Etats-Unis, visible à l’œil nu à l’occasion de ces émeutes. (...)