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Sciences et avenir
Face au réchauffement, les pistes des professionnels pour protéger la forêt européenne
Article mis en ligne le 10 août 2019

Implanter de nouvelles espèces d’arbres, identifier les essences résistant le mieux à la hausse des températures, lutter contre la prolifération des parasites : autant de pistes explorées par les forestiers pour protéger les bois européens, et ces "puits à carbone" que sont les arbres, contre le réchauffement climatique.

Si à l’échelle mondiale les experts du climat du Giec s’inquiètent de la déforestation, en Europe —où la principale déforestation remonte au Moyen-Age— le défi est plutôt de développer des forêts plus résilientes, soulignent chercheurs et forestiers.

"La surface forestière s’accroît de manière continue en Europe", indique Fanny-Pomme Langue, secrétaire générale de la Confédération européenne des propriétaires forestiers (CEPF), chiffres à l’appui : l’Union européenne a gagné 9 millions d’hectares de forêts en 25 ans, à 183 millions d’hectares.

Rien qu’en France, la superficie de la forêt a doublé depuis 1850, de 8 à 16,9 millions d’hectares.

"On est pas du tout dans une problématique de déforestation comme au Brésil, ni de reforestation comme en Ethiopie", confirme Brigitte Musch, généticienne au département recherche et développement de l’Office national des forêts (ONF) français, expliquant qu’il faut plutôt restaurer "l’équilibre rompu" des forêts.

Car si celles-ci s’étendent, du fait de la déprise agricole et du reboisement, leur santé se dégrade : dépérissement avec la récurrence des sécheresses, augmentation des tempêtes et des feux de forêt touchant désormais jusqu’aux pays nordiques, prolifération des parasites dans les écorces liée à la hausse des températures... (...)

Les chercheurs tentent donc d’identifier les essences les plus adaptées aux différents sols et climats, pour accélérer leur migration géographique naturelle vers des zones plus favorables.

L’ONF mène par exemple des expérimentations de "migration assistée" en forêt de Verdun, où sont plantées des graines de sapins du sud de la France. (...)

Mais "à la vitesse à laquelle les températures progressent, il faudrait faire migrer le chêne, qui se déplace de 300 m par an vers le Nord, 10 fois plus vite !", insiste Olivier Picard, directeur en recherche-développement du Centre national de la propriété forestière (CNPF).

Autre option : implanter des espèces étrangères, qui résistent mieux à la chaleur, et surveiller comment elles s’adaptent, leur croissance ou leur feuillaison dans de nouvelles régions.

"Du sud du Portugal jusqu’à l’Écosse, on teste des arbres qui viennent de Chine, des cèdres du Maghreb, des pins de Turquie, etc.", détaille M. Picard, également coordinateur du réseau Adaptation des forêts au changement climatique (Aforce), qui a participé au programme "Arboretums" de plantations expérimentales sur 38 sites en Europe.

 "Récolter des arbres" -

L’association de différentes variétés dans une même parcelle pourrait par ailleurs faciliter des croisements génétiques, et la naissance d’arbres plus résistants aux aléas climatiques.

Les forestiers repensent également leur gestion, en réduisant le nombre d’arbres à l’hectare pour diminuer la pression sur les ressources en eau, en diversifiant les variétés pour endiguer la progression des ravageurs et des feux de forêts, ou même en exploitant davantage les forêts.

"Ne pas trop récolter et laisser vieillir les arbres n’est pas forcément favorable sur le long terme", explique M. Picard, affirmant que récolter n’est pas déforester : "il faut récolter des arbres comme on récolte les blés", pour assurer le cycle de régénération des forêts. (...)

Avec 8 milliards de tonnes de CO2 absorbés chaque année dans le monde, selon l’ONF, la forêt constitue le deuxième plus grand puits de carbone de la planète, après les océans.