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Face au changement climatique, il faut changer les politiques de la montagne
Article mis en ligne le 20 novembre 2015
dernière modification le 13 novembre 2015

Le milieu montagnard est déjà affecté par le changement climatique. La fusion de l’Auvergne et de Rhône-Alpes crée la première région montagneuse d’Europe. Il est urgent que le politique s’investisse pour en préserver les richesses naturelles et humaines.

(...) les prévisions des météorologues indiquent que d’ici à 2030, il n’y aura plus de neige dans le Cantal. Dans le massif du Sancy, dans le Puy de Dôme, un accompagnateur en montagne m’a expliqué que le trolle d’Europe, une renoncule, est remontée de 250 mètres en altitude en 24 ans. Ici, dans la vallée de la Drôme, ce sont les chenilles processionnaires qui s’installent durablement. De l’autre côté du Rhône, les châtaigneraies d’Ardèche sont menacées. (...)

Le climat, ce n’est pas que des chiffres obscurs, comme on le perçoit à l’approche de la COP 21, ce sommet qui se tiendra à Paris en décembre. On nous ensevelit de pourcentages, de taux d’émissions de gaz à effet de serre, d’années de référence et d’horizons qui varient sans cesse, entre 2020 et 2050, d’objectifs qui passent subrepticement de 1,5 à 2 °C et ne signifient rien pour la grande majorité des gens.

Quelques degrés de plus pour la planète : 1.5, 2 ou 5 °C, ça ne signifie rien à hauteur d’homme. Et pourtant, c’est comme une fièvre : quand on passe de 37 à 39 °C, on sent la différence et chaque dixième de degré supplémentaire compte. Faute de comparaison sur une échelle humaine, le message d’alerte a du mal à passer et se trouve dépassé par l’urgence sociale. 2050, quand la fin du mois avec son cortège de factures à payer est si proche, ça semble bien loin. En revanche, les effondrements rocheux qui explosent dans les Alpes sont déjà bien visibles, eux. Les décalages de récolte aussi. Tout comme l’arrivée de nouvelles maladies dans les cultures, ou le recul des glaciers. Ce ne sont pas des dates et des chiffres, ça ne se passe pas à l’ONU mais ici et maintenant, concrètement. Et c’est scientifiquement démontré, la montagne est plus touchée par le réchauffement : 2 °C de plus en moyenne, cela signifie 4 °C de plus en montagne. Insoutenable.
L’absurde folie des canons à neige

Alors, face à la menace climatique, certains investissent. Dans des canons à neige, comme à Super-Besse en Auvergne, cofinancés par la région. Des canons à neige qui pompent davantage encore dans les réserves en eau et dans les caisses publiques, provoquant un endettement colossal pour les stations. (...)

La loi Montagne a 30 ans, son acte 2 se met en place mais ressemble déjà, hélas, à un couteau sans lame. Quid de la vulnérabilité de ces territoires au changement climatique, du vieillissement de la population, de la fermeture des exploitations agricoles, de la disparition des services publics ? Quid de la banalisation de la culture montagnarde, qui perd, en l’absence de transmission, ses valeurs essentielles d’harmonie avec la nature tout autant que de culture du risque ou de gestion des biens communs, souvent vitaux en altitude ? Quid des moyens alloués en pleine cure d’austérité ? Comme souvent, cela arrange les parlementaires du PS ou de l’UMP de ne voir que la dimension technique ou environnementale de la montagne. Cela leur évite d’avoir à repenser leur approche de la fiscalité comme cela leur évite aussi de se poser la question des aides publiques subordonnées à des critères et celle du maintien des services publics de proximité. Mais une politique humaine et responsable de la montagne ne peut se résumer à la fuite en avant de la course à l’équipement pour un enneigement artificiel ni à promettre un parc naturel régional, une zone Natura 2000 ou un espace naturel protégé, sans avoir ensuite le courage de le défendre quand il est menacé. Les politiques manquent à leur responsabilité s’ils ne tiennent pas compte des habitants, présents et futurs, et de leurs activités. S’ils ne se fixent pas comme objectif de bien vivre en altitude ou en zone reculée. (...)

Formation, tourisme, agriculture, préservation des zones fragiles, éducation à l’environnement, solidarité territoriale : la question de la montagne est transversale. À Grenoble, depuis 2014, un élu de la mairie y est dédié. Pourquoi pas, dans notre future région, une vice-présidence de plein exercice qui y soit consacrée, avec des comités de massif élargis et démocratisés, en les ouvrant davantage aux associations et en associant davantage les citoyens à leurs travaux ? Il est urgent de faire de la montagne une nouvelle opportunité, pour éviter qu’elle ne finisse pas au musée. Et il n’y a aucune raison pour que ça ne fonctionne pas : parce qu’on en a les ressources naturelles et humaines. Il ne manque plus que la volonté.