Le ministre de l’Intérieur a déclaré « la guerre » au mouvement écologiste et paysan, affirment dans cette tribune Les Soulèvements de la Terre. Qui comptent résister à l’oppression.
Depuis vendredi 31 mars, plus de 50 000 personnes dont des milliers de personnalités, syndicalistes, artistes, scientifiques, élu·es et des dizaines d’organisations politiques, associatives et syndicales en France et à l’international ont affirmé leur adhésion au mouvement des Soulèvements de la Terre par un appel « Nous sommes Les Soulèvements de la Terre ». Cependant, et alors que les autres initiatives de soutien se multiplient à travers plusieurs tribunes indépendantes, un ministre de l’Intérieur aux abois s’entête, dimanche dans un entretien au Journal du dimanche, à prétendre dissoudre cette large coalition pour la défense des terres et de l’eau.
Mais après Les Soulèvements de la Terre, c’est désormais aussi les zad [zones à défendre], et derrière ce terme les luttes locales, que le gouvernement prétend faire disparaître.
Rappelons en passant qu’à Sainte-Soline, que ce soit lors des mobilisations d’octobre 2022 ou de mars, personne n’a jamais prétendu constituer une zad et rester sur le terrain en dehors du temps de la mobilisation, à part le ministre de l’Intérieur qui agitait une pure chimère pour pouvoir affirmer qu’il avait empêché quelque chose de se produire.
« Une déclaration de guerre »
En réalité, au vu de la carte des 42 « sites sous surveillance » offerte par le JDD sur la base des services de renseignement, c’est l’ensemble des luttes écologistes vivaces de ce pays — face à des projets inutiles et écocidaires d’autoroutes, d’extension d’aéroports, de mines de lithium, de mégabassines, de bétonnisation de jardins populaires — qu’il s’agit pour ce gouvernement de museler. Sa cellule « anti-zad » et ce qu’elle recouvre réellement est bien une déclaration de guerre au mouvement écologiste et paysan dans son ensemble, aux habitant·es des territoires qui lui font face.
Par ses fables sur la menace d’ultragauche et ses mensonges éhontés sur les blessé·es, le ministre de l’Intérieur déploie évidemment un exercice de propagande destiné à se protéger de l’ensemble des vives critiques sur sa gestion brutale du maintien de l’ordre auquel il va devoir répondre cette semaine, y compris du côté d’institutions internationales et ONG emblématiques : ONU, Conseil de l’Europe, défenseurs des droits, commission des lois de l’Assemblée nationale, Ligue des droits de l’Homme, Amnesty international... (...)
cacher la réalité : ceux qui ont tué ces vingt dernières années dans ce pays ne sont pas les manifestant·es écologistes, mais bien la police : dans son service du maintien de l’ordre et dans les quartiers populaires, entre autres. Elle a éborgné et mutilé ces dernières années des dizaines de personnes durant le soulèvement des Gilets jaunes, le mouvement loi Travail, l’expulsion des zad ou le mouvement actuel des retraites.
Quant à son déni réitéré sur l’usage de LBD, d’armes de guerre et surtout sur l’obstruction faite au secours par les forces de l’ordre à Sainte-Soline, on constate une trumpisation effarante de la parole gouvernementale passée dans une réalité alternative en qualifiant de fake news des éléments délivrés par des journaux de référence sur la base d’enregistrements et de témoignages concordants délivrés par des observateurs de la Ligue des droits de l’Homme, élu·es et réprésentant·es syndicaux présents sur place. (...)
« Une lame de fond ne peut être dissoute »
Mais Darmanin entend aussi détourner l’attention du fond du problème : l’action anti-écologique du gouvernement au profit d’intérêts privés. (...)
Il est désormais clair en tout cas que la motivation de son gouvernement est de continuer à protéger les profits de quelques industries du ciment, du sable, des engrais et pesticides, quel qu’en soit le coût humain, écologique, et d’ailleurs économique (...)
tandis que le ministre de l’Agriculture vient tout juste de revenir sur l’interdiction du S-métolachlore en guise d’allégeance au nouveau président de la FNSEA, émissaire de l’agrobusiness. (...)
Nous ne savons pas jusqu’où ira ce gouvernement pour sauver sa peau en mutilant et piétinant sa population et en augmentant quotidiennement le niveau de mensonges assénés aux médias, mais nous réaffirmons qu’il est grand temps que Darmanin démissionne et que son gouvernement se dissolve.