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Marie-Claude Saliceti
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[Grèce] Exarchia, haut-lieu du mouvement anti-autoritaire, de contestations et de luttes politiques, est probablement confron-et.é à la plus grande vague de répression étatique depuis longtemps
Exarchia - it’s all fucked up !
Article mis en ligne le 21 août 2019

l’« Operation Law and Order » et l’abolition de l’asile universitaire. La lutte pour la vie et la survie autodéterminées se poursuit.

Avant même que Kyriakos Mytsotakis et son parti conservateur de droite NeaDemokratia ne remportent les élections législatives en Grèce le 7 juillet, l’opinion publique grecque avait été durement travaillée pour répandre une image ennemie du "milieu anarchiste". Les journaux disposent d’une longue tradition bourgeoise, pleine d’informations faisant état d’affrontements violents intolérables dans le quartier Exarchia d’Athènes : de terroristes attaquant des innocents avec la mafia et de trafic de drogue contrôlé depuis les universités. Le soir des élections, des personnes masquées auraient volé les bulletins de vote du quartier et les auraient brûlés sur le Platia, la place au milieu de l’Exarchia. (...)

Mytsotakis et ses ministres promettent alors qu’ils vont "nettoyer" le quartier historique, "tout vider", et "traquer" un ou deux groupes anarchistes. Pour cela, ils ont déjà fait les premiers ajustements : 2000 nouveaux policier·ères doivent être embauché·es ; 1500 d’entre elleux reconstruiront l’unité Delta, le fameux escadron de motards, connu pour son approche brutale. L’asile universitaire doit être aboli et l’électricité et l’eau ont été coupées aux premiers squats. De même, une loi permettant d’enfermer les personnes sans papiers jusqu’à 12 mois est déjà en cours d’élaboration. Le Ministère des Migrations a été aboli, le salaire minimum devrait être diminué, ainsi qu’une semaine de 7 jours introduite et les soins de santé réformés.

Mais la résistance se forme. Même s’il y a eu de nombreux moments de division et de conflit au cours des dernières années, tout le monde espère reprendre des forces et souhaite à nouveau protéger les structures et le projet d’un quartier "libéré" de la répression.

Il se passe beaucoup de choses à Exarchia. Poètes à côté de drogué·es, grands-mères à côté de jeunes touristes politiques. Des gens qui choisissent de vivre ici et des gens qui ne peuvent aller nulle part ailleurs. Parce qu’ils n’ont pas de papiers et parce que la Grèce reste l’un des principaux pays d’arrivée des fugitifs dans l’UE. Ici on est coincé, ici on attend et ici on s’ennuie. Il n’y a pas de travail ici, mais il y a des gens qui se parlent. La vie quotidienne dans le quartier est très conflictuelle, les disputes se passent sur de nombreux fronts. Et le conflit en commun est celui avec l’État et le droit en vigueur. Du moins pour beaucoup, parce qu’Exarchia a une longue tradition de luttes politiques. (...)

Depuis les révoltes contre la dictature militaire, il existe en Grèce une loi qui accorde l’asile universitaire. Cela signifie qu’il est interdit à la police et à l’armée d’entrer dans les locaux des universités du pays. C’est devenu un élément important dans la pratique politique en Grèce. Les universités sont occupés, les groupes politiques se rencontrent, les actions, les manifestations et les luttes s’y préparent et s’y déroulent. Mytzotakis veut maintenant abolir cette loi. (L’asile universitaire a été aboli après la date limite éditoriale par résolution parlementaire, ndlr)

Le gouvernement considère que l’anarchisme et l’asile universitaire sont synonyme de la terreur et la mafia. Le gouvernement utilise l’accusation du terrorisme comme une épée politique contre la scène anarchiste. (...)

Cela signifie que chaque tract et chaque appel ayant un contenu révolutionnaire, chaque action ayant une revendication révolutionnaire pourrait être interprétée par l’État encore plus facilement comme du terrorisme. Elle prévoit également une sorte d’"emprisonnement clanique" pour les groupes politiques et veut abolir le congé d’emprisonnement auquel les prisonnier·es en Grèce ont droit pour les "terroristes". Les analyses d’ADN dans le contexte du "terrorisme" deviendront également plus fréquentes.

Tout est un gros problème. Dans l’ensemble, l’État et la mafia ne sont nullement différents l’un de l’autre

(...)

La mafia et la drogue, c’est de la merde, mais les lynchages de trafiquants de drogue, qui sont par hasard des migrant·es c’est aussi de la merde. It’s all fucked up !" (...)

C’est une expression qu’on entend souvent ici. D’autant plus que de plus en plus de policiers traversent le quartier et que le meurtrier d’Alexis Grigoropoulos, tué d’une balle dans la tête en 2008, Epaminondas Korkoneas (également policier), a été libéré. (...)

De nouvelles maisons ont été construites sur Strefi ces dernières années, et les riches y vivent maintenant.

Parce qu’ici, comme dans d’autres villes, la gentrification est de plus en plus perceptible pour tout le monde. (...)

Les baux de nombreux appartements loués sont résiliés afin qu’ils soient transformés en appartements Airbnb. Les gens doivent quitter le quartier, qui devient de plus en plus cher de toute façon. Les maisons occupées sont vendues. (...)

, il y a une vraie course sur les maisons. C’est un gros problème. (...)

"Personne n’a dit que ce serait facile" est écrit sur le mur intérieur d’un des nombreux squats. La plupart des squats sont habités par des gens pour qui ce n’est pas un choix. La lutte pour l’Exarchia est donc une question de survie pour beaucoup de gens, parce que où d’autre pourraient-ils aller ?

Récemment, il a été tenté de réintroduire une surveillance de quartier pour chasser la police et il y a une assemblée pour organiser la protection des squats. On verra s’il sera possible de ramener tout le monde à la même table. Les clivages politiques sont profonds, mais l’ennemi clair pourrait réunir un peu la scène. Il faut sauver la vie quotidienne, la liberté de se déplacer, la liberté de décider pour soi-même, de ne pas s’isoler, la liberté de prendre des responsabilités, de s’organiser et, malgré toutes les différences, de lutter aux côtés des gens. Exarchia est nécessaire pour cela. (...)

Les investisseurs·euses jouent sur le caractère politico-cool d’Exarchia, le quartier émeutier. Ils misent sur le fait que la résistance peut être commercialisée et attirante pour les touristes. Or, à l’heure actuelle, Exarchia aurait besoin de tous les sujets politiques qui sont en permanence prêts à défendre ses idéaux. Car la police n’est pas seulement tenue à l’écart du quartier par la "bachala" (émeute) le vendredi et le samedi soir. Mais aussi à chaque fois que l’on essaie de gérer soi-même les conflits, que des structures sont trouvées pour cela et que l’on s’organise pour. Never call the cops ! Cela peut prendre beaucoup de temps, ça ne se passe pas toujours très bien, mais ça marche. (...)

Exarchia n’est pas un mythe, Exarchia est une réalité et cela signifie que ça devient physique. Qu’il est important de voir le foirage comme sa propre faiblesse, mais aussi comme un produit de la crise économique, de la terreur d’État, des frontières, du capitalisme, de la société orthodoxe, raciste et patriarcale. Il ne sert à rien de courir après une image romantiquement transfigurée, car il n’existe pas de nid fait. Mais il y a Exarchia et il faut se battre encore et encore pour ce quartier.