Pourtant, que j’aimais marcher sur les quais de la Seine où tu rassurais mes pas. J’avais le bonheur simple de me rendre sur le parvis de Notre-Dame pour te voir manger dans la main emplie de graines que je te tendais. Au Marché aux oiseaux, le dimanche matin, tu volais les graines des étals. Tu piaillais vivement de ta victoire et les vendeurs riaient avec toi. Au Parc floral, tu t’envolais avec les frites que te donnaient les enfants. Au jardin de Brassens, tu te gavais d’abeilles.
J’aimais aussi déjeuner avec toi au petit café du jardin des Tuileries, celui près de la mare aux canards. Tu te posais sur la table pour partager mon repas. Cela me suffisait à être en paix. Mais où es-tu aujourd’hui ? Disparu. Cela me fait si mal. [1]
Maintes causes à ta disparition. On parle souvent de la disparition de ton habitat. Paris se modernise, certes, mais alors, qu’est-ce qui t’a fait disparaître des endroits peu changés, ici et là ?
Et nous observons cela, impuissants. Mais l’observation a-t-elle encore du sens ? Depuis 2003, tu disparais de Paris, les oiseaux disparaissent de nos territoires. Si peu d’actes pour vous retenir. Quinze ans, bien plus en vérité. Mais ces dernières années, les chiffres sont effroyables. Aujourd’hui, petit moineau, le mot extinction s’écrit sur ton nom. (...)
Tu disparais, tes gourmandises disparaissent aussi, les insectes, les plantes de nos jardins changent. Et nous voilà interdits de te nourrir ! L’hiver est là.
Où est la cohérence ?
Je ne comprends rien ! Traduisez-moi, ça bordel de merde…
Certes, je ne te donnais pas de frites, mais je connais tes saveurs. Et, du temps de partage que je t’ai consacré, les seuls endroits où tu sembles subsister, une entraide semble en place. Mais j’ai le doute, les certitudes sont tellement divisées à ton sujet.
Je voudrais défiler pour te sauver. Toi, et toute cette grâce qui virevoltait dans nos cieux. Un gilet de plume — de fausse plume, rassure-toi — rose, pour la violence que l’on fait au fragile. Je voudrais demander à tous les enfants de me dessiner un oiseau et j’irai les coller tendrement sur les murs de l’Élysée, sur les Chambres des députés qui ont voté les pesticides. (...)