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Marie-Claude Saliceti
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En Vendée, une ZAD contre un projet de nouveau port, imposé contre vents et marées
Article mis en ligne le 8 novembre 2019

À Brétignolles-sur-Mer, en Vendée, un projet de port de plaisance suscite une forte opposition. Le littoral, pourtant censé être protégé, a été fracturé par les premiers travaux. Face à une procédure et des décisions publiques qui soulèvent de nombreuses questions, une nouvelle « zone à défendre » s’organise.

Le somptueux pin parasol, qui dominait le rond point à l’entrée de la plage, a disparu. Les haies de chênes verts qui ombrageaient le parking aussi. Ne restent que des trous béants et des fagots de bois. En face, sur le sable, les restes de grands cyprès sont renversés, entremêlés, abandonnés. Un cimetière d’arbres. Un massacre accompli à la tronçonneuse et poursuivi plus loin, à la pelleteuse : en témoigne ce qui reste de la dune qui surplombait la plage. Éventrée, elle est réduite à un talus bancal, encore tapissé d’immortelles aux fleurs jaunes. Sur la plage, en cette semaine de vacances de la Toussaint, des promeneurs, les élèves de l’école de voile, des enfants qui jouent…

La Normandelière, superbe fragment de littoral vendéen qui mêle estran rocheux et plage de sable, telle que l’ont connu des générations de familles de Brétignolles-sur-Mer, n’est déjà plus. La destruction de ce site naturel, considéré depuis 1970 par le Conservatoire du littoral comme une zone à protéger, n’a pris que quelques jours, du 24 septembre au 8 octobre. Le temps d’effectuer les travaux préparatoires au chantier du port de plaisance que le maire de cette station balnéaire, Christophe Chabot, entend créer ici, ex-nihilo : 915 anneaux et deux bassins pour accueillir, dès 2023, voiliers et bateaux à moteur.
Un maire arc-bouté sur un serpent de mer

Depuis dix-sept ans, son projet divise Brétignolles. (...)

En 2011, après une enquête publique aux avis unanimement défavorables compte tenu de l’impact environnemental, la Préfecture retoque la copie du maire, lequel, ulcéré, vilipende services de l’État et commissaires-enquêteurs traités de « pieds-nickelés » [1].

En 2018, une mouture légèrement révisée et étoffée en mesures compensatoires est portée par la communauté de communes de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, dont Christophe Chabot a pris la tête. Elle passe le cap de la nouvelle enquête publique. Et obtient le feu vert de l’État. En juillet dernier, le préfet de Vendée, Benoît Brocart, signe la déclaration d’utilité publique et l’autorisation environnementale. Depuis, plus de 70 recours en justice ont été déposés par des particuliers, par les associations environnementales locales, mais aussi par la Fédération France nature environnement (FNE), la Ligue pour la protection des oiseaux et l’ONG Surfrider Europe. (...)

D’un côté, la ZAD dite « des gardiens de la dune » entrave les travaux. De l’autre, trois maisons d’opposants historiques ont été taguées le 23 octobre.

En déclenchant les travaux avant que la justice ne se prononce sur le fond, Christophe Chabot a provoqué un électrochoc et avivé les tensions. (...)

Le maire Christophe Chabot, 59 ans, qui est aussi le patron d’Akena, leader français des vérandas, et d’une vingtaine d’entreprises, n’a pas répondu à nos sollicitations. Sur le site web de la commune, on lit que le port de plaisance, dont le coût est estimé à 43 millions d’euros, constituera « une réponse à l’accroissement démographique, un levier de développement économique et une alternative à l’urbanisation du littoral ».

L’artificialisation engendrée par le port serait donc un acte écolo, un rempart à la bétonisation ? « (...)

Le leader des pro-port, Eric Bourgouin, qui préside l’association « Brétignolles veut son port » est aussi directeur des opérations informatiques du groupe vendéen Béneteau, le leader mondial de la voile et des bateaux à moteur, dont le siège est à Saint-Gilles-Croix-De-Vie. Après huit jours de réflexion, Eric Bourgouin a fini par nous adresser par mail ses réponses. Il réfute toute relation entre « son engagement et sa fonction au sein du groupe Benéteau ». (...)

Personne à Brétignolles n’a oublié Xynthia, la tempête qui en 2010 a provoqué 47 morts dont 35 en Vendée. « La protection ici c’est la dune ! (...)

« L’exemple type d’un dossier très technique, très contesté, dans lequel il n’y a ni arbitre ni garde-fou » (...)