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Reporterre
En Guyane, l’opposition se lève contre un projet de mine destructeur de la forêt
Article mis en ligne le 8 mars 2017
dernière modification le 7 mars 2017

Les autorités et Emmanuel Macron soutiennent le projet minier de la Montagne d’or, porté par la société russe Nordgold. Le dégât environnemental en est certain et le bilan économique discutable. La mobilisation s’organise en Guyane.

Saint-Laurent-du-Maroni (Guyanne), reportage

Dès avril 2016, Reporterre lançait l’alerte sur un projet de mine d’or en Guyane porté par une multinationale et soutenue par Emmanuel Macron. Au même moment, quelques personnes fondaient le collectif Or de question. Il fédère aujourd’hui des organisations guyanaises et nationales, comme Les Amis de la Terre, la Fondation Nicolas Hulot, Ingénieurs sans frontières, contre ce qu’il qualifie de « mégamine d’or industrielle ». (...)

Actuellement dominé par une exploitation artisanale, légale et illégale, et par quelques structures semi-industrielles, le domaine minier guyanais basculerait alors dans une exploitation industrielle de l’or orchestrée par des multinationales. Si ce projet voit le jour, ce serait la plus grande mine d’or exploitée en France. C’est de cela que les organisations qui composent Or de question ne veulent pas et les raisons à cette opposition ne manquent pas.

Déforestation, usage de nombreux intrants chimiques, volumes de stériles colossaux, le tout dans une zone jouxtant deux réserves biologiques et avec une consultation parcellaire des Guyanais. Les risques d’accident aux conséquences catastrophiques planent sur ce type de mégamine, comme en témoigne la rupture des digues des bassins à résidus du site de l’entreprise Samarco près de Mariana, dans l’État du Minas Gerais, au Brésil en 2015. (...)

la pétition mise en ligne par Sauvons la forêta récolté 20.000 signatures en 24 h et en comptait près de 68.000 lundi 6 mars. (...)

En Guyane, nombreux sont ceux qui ont en tête la mobilisation réussie contre un projet minier du même type sur la montagne de Kaw, il y a une dizaine d’années (...)

Depuis, département et région ont fusionné pour former la collectivité territoriale de Guyane (CTG) et la soif de l’or n’est pas étanchée. Mais, pour Harry Hodebourg, « même si les quatre parlementaires guyanais, le président de la CTG, le maire de St-Laurent-du-Maroni sont pour la mine, nous sommes persuadés que si la population se mobilise, la pression sur l’État et les élus locaux pourra faire basculer le projet, comme en 2008 ». (...)

Lors d’un récent passage en Guyane, l’actuel secrétaire d’État chargé de l’Industrie, Christophe Sirugue, évoquait jusqu’à 1.000 emplois en phase de construction et 800 lors de l’exploitation. Or de question revoit l’addition à la baisse, tablant sur 800 emplois en phase de construction et 500 en phase d’exploitation. Mais « combien d’emplois locaux ? » s’interroge le collectif. (...)

À l’échelle nationale, le gouvernement soutient ouvertement le projet. Lorsqu’il était ministre de l’Économie, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir « tout faire » pour que la mine de Montagne d’or voie le jour, après avoir visité le site l’été 2015. Le lobby minier continue à s’activer. En septembre 2016, Bercy recevait Igor Klimanov, directeur du développement de Nordgold, d’après le magazine Challenges.

Dans le cas de la Montagne d’or, c’est plus qu’un feu vert des autorités dont la multinationale a besoin, c’est d’une véritable mise à disposition d’infrastructures pour exploiter le sous-sol. (...)

Or la production actuelle d’énergie n’arrive pas à couvrir les besoins croissants de la population guyanaise. Et plutôt qu’une production d’électricité sur place, Nordgold privilégie un raccordement à EDF nécessitant, outre cette production d’électricité supplémentaire, de tirer une ligne aérienne sur 120 km le long d’une piste en forêt. (...) Quant au raccordement du site au réseau, « le coût de la ligne haute tension sur 120 km est estimé à 60 millions d’euros à la charge du contribuable », précise Harry Hodebourg. (...)

Face à cette mise en coupe réglée du territoire guyanais, des politiques locaux commencent à s’interroger. (...)

En attendant, sur la Montagne d’or, « les travaux d’installation du camp ont déjà commencé, sans autorisation », alerte Harry Hodebourg. Dans ce contexte, ceux qui préféreraient entendre « la montagne dort » ne peuvent compter que sur un réveil citoyen.