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En Allemagne, nous avons passé la nuit avec les activistes contre le charbon
Article mis en ligne le 24 juin 2019
dernière modification le 23 juin 2019

Vendredi 21 juin, des milliers d’activistes venus de toute l’Europe se sont retrouvés près de Cologne, autour des mines de charbon de la région (lire notre récit d’hier). La journée s’est passée à avancer, par groupes divers - les fingers, les doigts - vers les lieux où le blocage va être tenté. Nous accompagnons l’un d’entre eux, qui parvient au but en déjouant les cordons policiers.

Depuis 18h30, près de 400 activistes squattent les rails empruntés quotidiennement par les trains miniers du bassin rhénan. Les dernières lueurs du soleil diffusent une lumière rosâtre dans le ciel de Rhénanie. L’horizon serait presque bucolique si la centrale thermique de Neurath, à quelques encablures, ne crachait pas inlassablement des tonnes de charbon noir dans l’atmosphère. (...)

Le sol de Rhénanie regorge de lignite. « Keep it on the ground » (« Laissons-le sous-terre »), s’écrient les défenseurs du climat. L’industrie du charbon a fait du bassin rhénan la région la plus émettrice de gaz à effet de serre en Europe. (...)

Jeanne, Parisienne et protagoniste de l’occupation, raconte comme les activistes sont parvenus à rallier les rails : « Nous sommes partis à 11 h du camp climat de Viersen, à 20 kilomètres de là. On a marché sur dix kilomètres, jusqu’à trouver une gare. A chaque arrêt, la police nous attendait, c’était un jeu du chat et de la souris. Un moment, on est descendus et tout le monde s’est mis à courir en faisant bloc. Les policiers étaient vingt, on était trois cents. On les a vite débordé, on est passé par les champs jusqu’à atteindre les rails. » (...)

Peu après 20 h, plus d’une heure de palabres aboutissent à un compromis avec la police : les activistes ont négocié une trêve et gagné une nuit d’occupation sans être dérangés sur leur nouveau camp ferroviaire. « On est ravis », sourit Bruno, Français expatrié en Allemagne (...)

« Ces rails servent à transporter le charbon depuis la mine de Garzweiler. Je ne pense pas que notre action, qui était de notoriété publique, enraye fortement l’activité de RWE [le consortium houiller]. Mais elle a une forte valeur symbolique, c’est un grand coup porté à l’image de cette compagnie. Des milliers d’Européens viennent de toute l’Europe, pleins de gnac, pour lutter contre ses extractions mortifères. Et ce n’est pas par gaieté de cœur que nous le faisons, l’urgence climatique nous l’impose. » (...)

A 21h30, neuf nouveaux activistes font irruption sur les rails, fumigènes oranges et turquoise en main. « No borders / no nations / no coal power station » (« pas de frontières / pas de nations / pas de centrales thermiques à charbon ») chantent-ils sous les ovations de leurs camarades. (...)

Une ribambelle de musiciens s’est immiscée parmi les activistes. Ils font danser les militants au rythme de leurs percussions. « En plus, c’est la fête de la musique ! », fait remarquer Damien. (...)

Tout au long de la nuit, la police se relaie autour des rails. Les agents ne portent pas leurs casques. Ils sont tout près des activistes, sans qu’aucune animosité ne se manifeste de part et d’autre. Les policiers parlent en chuchotant et prennent garde à ne pas réveiller les dormeurs. Il y a de quoi surprendre les Français habitués aux manifestations violemment réprimées par la police ! (...)

À l’aube, les paupières titillées par le jour naissant, les défenseurs du climat écarquillent les yeux. Ils se demandent combien de temps, encore, ils pourront bloquer l’acheminement de lignite vers la centrale de RWE. Ce samedi 22 juin, un nouvel ensemble d’activistes, composé de milliers d’européens, doit quitter le camp climat de Viersen et venir gripper, à son tour, la mécanique extractiviste du charbon brun.