La première action de désobéissance civile de masse contre l’agriculture industrielle a perturbé lundi et mardi, en Allemagne, le fonctionnement d’une usine de production de la société Yara, premier producteur d’engrais synthétiques européen et deuxième mondial. Plusieurs centaines d’activistes de Free the soil ont tenu un siège de 27 heures pour dénoncer les conséquences de ces pratiques agricoles sur le climat.
La réussite de toute la campagne Free The Soil repose sur ces 400 activistes formant deux blocs symétriques, appelés « doigts ». Postés au troisième rang du doigt violet, Lily et Angi [*] sentent culminer un stress qui n’a cessé de monter depuis la veille. Les deux Français de 27 et 24 ans sont partis d’Angers pour rallier Brunsbüttel, dans le nord de l’Allemagne, au terme d’un voyage mêlant autostop, bus au long cours, train et car de village. Plus de 24 heures de trajet. Et en arrivant, hasard des affinités, ils se sont retrouvés responsables de la bannière de ralliement du doigt violet. À eux de montrer la voie si la police charge, si le groupe est dispersé, s’il faut terminer l’opération coûte que coûte pour bloquer l’usine de production d’ammoniac et d’urée du géant norvégien de l’agro-industrie Yara (12,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018). (...)
Plus de 800.000 tonnes d’ammoniac et 800.000 tonnes d’urée partent chaque année de Brunsbüttel pour former, notamment, de l’engrais synthétique, faisant de Yara le premier producteur d’engrais chimique européen et le deuxième mondial. Une production qui nécessite beaucoup d’énergie fossile et particulièrement du gaz naturel. (...)
« Free The Soil a été créée par un groupe de réflexion danois sur le changement climatique, explique Linda [*], l’une des organisatrices. Les membres du groupe sont partis du fait que l’agriculture était l’un des plus importants facteurs du changement climatique et, dans l’agriculture, ce sont les engrais synthétiques qui sont les plus polluants. » Ils sont alors arrivés à Yara, multinationale pourtant totalement méconnue, et ont ainsi monté la toute première action de désobéissance civile de masse dénonçant l’agriculture industrielle. (...)
la police surgit. En quelques secondes, les fourgons s’alignent, les policiers bouchent les espaces. Dans le même temps, côté manifestants, deux tripodes sont érigés, aussitôt escaladés par deux jeunes, qui s’y asseyent. Le blocage commence là, à quelques mètres des larges cuves de pétrole, et de l’unité de production d’ammoniac. Le parking des salariés de l’usine est vide. Il est 11 h 40. Le siège s’organise. (...)
« C’est assez impressionnant de s’endormir en regardant les pieds des policiers, mais j’étais confiante » (...)
Free The Soil a levé le siège mardi, à 15 h, après plus de 27 heures de blocage. L’usine ne s’est pas arrêtée mais les activistes ont rempli leur mission : pointer du doigt le rôle de l’agriculture industrielle dans le changement climatique et faire sortir le géant Yara de l’ombre.