Pour le « Guardian », même si le langage « grossier » du président français est susceptible de provoquer « une réaction extrême, voire violente, de la part des anti-vaccins », il s’agit bien d’un « calcul politique prudent ».
Pour Il Tiempo, ces mots crus, traduits en italien par un non moins vulgaire « Voglio farli inc… tutti » (« Les non-vaccinés, j’ai vraiment envie de leur casser les… »), relèvent moins d’une entrée calculée en campagne que de la fébrilité du président face à la cinquième vague de Covid-19 : « La guerre contre Omicron met également à rude épreuve les politiciens », écrit ainsi le quotidien conservateur italien, estimant que M. Macron « perd son sang froid » alors que la France a enregistré plus de 270 000 cas de Covid-19 en vingt-quatre heures mardi.
« Stratégie élitiste-populiste »
Ce n’est pas l’analyse du quotidien suisse Le Temps, pour qui Emmanuel Macron sait très bien ce qu’il fait : « Le président français choisit l’offensive et contribue à antagoniser le climat politique », y lit-on. « Avec en arrière plan sa conviction qu’il est, de toute façon, détesté par cette partie des électeurs. (…) Au fond, et comme cela s’était vu en 2017, Macron assume une stratégie élitiste-populiste, qui reprend dans le langage certains codes des extrêmes, en misant sur son bilan pour se présenter non comme un agitateur, mais comme un président qui répond aux attaques et veut surmonter les impasses, dont celle de la non-vaccination. Emmanuel Macron reste en cela fidèle à son autre slogan, “en même temps”. » (...)
Plusieurs médias soulèvent la contradiction entre ces propos jugés « insultants » et les récentes promesses d’apaisement de la part du chef de l’Etat français. « Drôle de discours pour quelqu’un qui, il y a trois semaines, faisait ce mea culpa : “Il y a des mots qui peuvent blesser et je pense que ce n’est jamais bon, c’est même inacceptable, car le respect fait partie de la vie politique” », s’étonne ainsi le journal belge L’Echo. (...)
Le Temps remarque également que l’actuel locataire de l’Elysée est « coutumier des déclarations cinglantes, au risque de déclencher une vive polémique ». Le Financial Times se souvient de ces multiples remarques jugées « arrogantes » et « méprisantes » :
« Comme lorsqu’il a dit à un jardinier au chômage qu’il pouvait facilement lui trouver un emploi “en traversant la rue” ou lorsqu’il a critiqué le “pognon de dingue” dépensé par l’Etat pour des programmes de lutte contre la pauvreté. » (...)
« Très peu sont susceptibles de voter pour Macron »
« Même si le langage est grossier et peut provoquer une réaction extrême, voire violente, de la part des anti-vaccins, les remarques du président semblent refléter un calcul politique prudent », juge pour sa part Jon Henley, correspondant du Guardian à Paris, traduisant « emmerder » par « to piss off » (« faire chier »), comme la plupart de ses confères anglophones. Car, poursuit-il, « les sondages montrent qu’une grande majorité d’électeurs français sont de plus en plus frustrés par la pandémie et soutiennent le passe vaccinal comme un moyen efficace d’y mettre fin – et parmi ceux qui s’y opposent, très peu sont susceptibles de voter pour Macron ». (...)
La déclaration de M. Macron semble viser « à politiser encore plus le débat sur la vaccination, trois mois avant l’élection présidentielle française », juge également Euronews (...)
Il ne s’agirait donc pas d’un dérapage incontrôlé mais bien d’une petite phrase visant à imprimer les esprits, et à briser son image élitiste.