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Emmanuel Macron, le bilan (4/4) : des priorités marquées par la discordance entre paroles et actes
Article mis en ligne le 27 mars 2022

Emmanuel Macron candidat à sa réélection, France 24 dresse le bilan de son quinquennat en quatre volets. Après la politique étrangère, l’économie et le social, place à la dichotomie entre les discours prononcés par le président de la République sur certains thèmes suivis d’actes contradictoires.

De la lutte contre le réchauffement climatique à l’égalité femmes-hommes érigée en "grande cause du quinquennat", Emmanuel Macron a montré durant son quinquennat sa capacité à prononcer de très beaux discours. Mais ceux-ci ont souvent été suivis d’actions en totale contradiction avec ses promesses. France 24 revient sur quatre exemples significatifs pourtant présentés comme des priorités.
Moraliser la vie politique

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a en partie été rendue possible par les affaires ayant parasité la campagne du candidat Les Républicains François Fillon. Candidat ayant peu d’expérience politique derrière lui, Emmanuel Macron peut alors se présenter comme un homme politique sans casserole et condamner ces "pratiques de l’ancien monde". Poussé par François Bayrou qui en fait une condition pour son soutien, l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande promet alors une grande loi de moralisation de la vie politique.

Devenu ministre de la Justice, François Bayrou est chargé de sa rédaction. Celle-ci propose des avancées réelles telles que l’interdiction des emplois familiaux pour les parlementaires, la limitation du nombre de mandats consécutifs ou encore le contrôle de leurs frais professionnels, mais, après cinq années, difficile d’affirmer que la probité en politique ait été érigé en principe absolu. (...)

Richard Ferrand devient président de l’Assemblée nationale en septembre 2018 et sa mise en examen, un an plus tard, ne change rien – la Justice a prononcé un non-lieu en mars 2021 dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne. François Bayrou devient haut-commissaire au Plan en septembre 2020. Gérald Darmanin est nommé ministre de l’Intérieur en juillet 2020 alors qu’il est accusé de viol et d’abus de faiblesse par deux femmes – il a depuis bénéficié d’un non-lieu. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, a été mis en examen pour prise illégale d’intérêts – des faits commis dans l’exercice de ses fonctions – en juillet 2021. Le ministre délégué aux PME, Alain Griset, a quant à lui fini par démissionner après avoir été condamné en décembre 2021 à six mois de prison avec sursis et à six mois d’inéligibilité avec sursis pour une déclaration de patrimoine et d’intérêt auprès de la HATVP "incomplète ou mensongère". La HATVP avait transmis son dossier à la justice en novembre 2020. Enfin, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et le conseiller spécial d’Emmanuel Macron, Thierry Solère, sont également inquiétés par la justice.
Faire de la politique autrement

Comprenant tôt la lassitude et le rejet des Français du personnel politique et des partis traditionnels, Emmanuel Macron promet durant sa campagne de "faire de la politique autrement". Il s’agit d’un axe fort de sa mise sur orbite qui attire beaucoup de bénévoles et militants au sein d’En Marche, séduits par la perspective de pouvoir participer de façon collaborative à l’élaboration d’un projet politique. Il est alors question d’auto-gestion au niveau local, d’horizontalité, de partage des prises de décision et de dialogue avec les oppositions.

Mais à l’image de ses décisions liées au Covid-19 ces deux dernières années, Emmanuel Macron a eu une pratique très verticale du pouvoir tout au long du quinquennat. Le Parlement et la majorité présidentielle ont ainsi été réduits à n’être qu’une chambre d’enregistrement des décisions venues d’en haut. Les députés nouvellement élus sous la bannière La République en marche, en juin 2017, avaient d’ailleurs dû s’engager dès leur arrivée au Palais-Bourbon à ne pas s’opposer aux réformes, mais aussi, comme dans "le monde d’avant", à ne pas soutenir des propositions émanant d’autres groupes parlementaires.

Pire, l’exercice du pouvoir a parfois été autoritaire, que ce soit via l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter la réforme des retraites en février 2020 ou via la répression violente par les forces de l’ordre du mouvement des Gilets jaunes – 82 manifestants blessés gravement, selon le décompte du journaliste indépendant David Dufresne, dont 17 éborgnés et quatre ayant eu une main arrachée. L’ONU était d’ailleurs intervenue, en mars 2019, demandant "une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force". Le Conseil de l’Europe avait lui appelé un peu plus tôt à "suspendre l’usage du LBD dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre", afin de "mieux respecter les droits de l’Homme". (...)

Par ailleurs, Emmanuel Macron a mis dans un carton la réforme de la Constitution sur laquelle il s’était engagé pour supprimer la Cour de Justice de la République (CJR) et adopter une dose de proportionnelle aux élections législatives.

En revanche, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a, lui, été réformé pour devenir le lieu dédié à la participation citoyenne dans la vie politique de la nation. L’idée est de permettre à la "troisième chambre de la République" d’organiser d’autres conventions citoyennes, sur le modèle de la Convention citoyenne pour le climat. Mais là aussi, contrairement à ses engagements, Emmanuel Macron n’a finalement repris qu’une partie des propositions formulées par la convention, limitant même parfois leur portée. (...)

Make Our Planet Great Again (...)

le coup de communication réussi laisse rapidement la place aux renoncements. Emmanuel Macron recule sur plusieurs dossiers comme l’interdiction du glyphosate, l’application du traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (Ceta) ou l’interdiction des néonicotinoïdes. Cette politique des "petits pas" finit par lasser Nicolas Hulot qui annonce son départ du gouvernement en août 2018 en dénonçant la "présence des lobbies dans les cercles du pouvoir".

Pour autant, le chef de l’État peut mettre à son actif l’abandon de plusieurs projets combattus par les activistes environnementaux : c’est le cas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à côté de Nantes (janvier 2018), du projet minier de la Montagne d’Or en Guyane (mai 2019) ou de la zone commerciale et de loisirs Europacity en région parisienne (novembre 2019).

Emmanuel Macron peut aussi se targuer d’avoir mis sur pied à l’automne 2019 la Convention citoyenne sur le climat à la suite du mouvement des Gilets jaunes, qui avait émergé en réponse à la hausse de la taxe carbone sur les carburants. Chargés de proposer des mesures pour atteindre les objectifs de la France de réduction des gaz à effet de serre tout en tenant compte de la justice sociale, les 150 citoyens tirés au sort ont fourni un travail remarquable débouchant à l’été 2020 sur 146 mesures. Mais au lieu de reprendre ces propositions, le président de la République a, avec sa loi Climat et résilience, laissé de côté de nombreuses mesures et dénaturé de nombreuses autres. (...)

La discordance entre les discours et les actes d’Emmanuel Macron se vérifie également avec la rénovation des "passoires thermiques" (...)

Les objectifs ne seront pas non plus atteints en matière d’énergies renouvelables (...)

Le manque de volonté du gouvernement a fini par être condamné par la justice française qui, en février 2021, a jugé coupable l’État de "carences fautives" contre le réchauffement climatique, avant d’enjoindre quelques mois plus tard le Premier ministre et les ministres compétents "de prendre toutes les mesures utiles de nature à réparer le préjudice écologique" avant le 31 décembre 2022.

Égalité femmes-hommes

Érigée "grande cause du quinquennat", la lutte pour l’égalité femmes-hommes n’a dans les faits jamais été une priorité du gouvernement, celle-ci ayant d’ailleurs été cantonnée jusqu’en 2020 à un secrétariat d’État rattaché au Premier ministre. (...)

la lutte contre les violences faites aux femmes n’a jamais bénéficié des moyens nécessaires. (...)