
(...) Face à ce qui a été présenté comme une restructuration, des citoyens, des journalistes, des hommes politiques du parti Syriza, du parti communiste grec (KKE) et des syndicalistes se sont rassemblés au siège de ERT, à Aghia Paraskevi, dans la banlieue nord d’Athènes, par solidarité et pour exprimer leur désaccord.
La police, également sur place, menaçait d’entrer dans les locaux pour en déloger les journalistes, devenus occupants. Le festival organisé par la radio de Syriza dans le quartier de Gazi a été interrompu dans la soirée ; les participants se sont tous dirigés vers les studios des chaînes publiques.
L’avenue Mesogeion a été fermée à la circulation, et devant les bâtiments s’est installé un orchestre. Les paroles d’une chanson révolutionnaire crétoise de Nikos Xilouris, « Pote tha kamei ksasteria », se sont élevées. Résistant contre la dictature, Nikos Xilouris était venu apporter son soutien aux étudiants révoltés de l’école Polytechnique le 17 avril 1973.
Projet de loi pour réorganiser l’audiovisuel grec
Aujourd’hui, les programmes continuent à être diffusés sur le site internet d’ERT, et sur un canal local prêté par le parti communiste – dont la fréquence a été coupée pendant un moment mardi soir. La place de Radiomegaro, devant le siège des chaînes, ne désemplit pas.
Les partis de gauche, Syriza et Dimar, ont appelé à voter contre cette décision, alors que la Nouvelle Démocratie est le seul parti à la soutenir. Un projet de loi pour l’organisation de la « nouvelle » ERT a été déposé ce mercredi au secrétariat général du gouvernement, selon un communiqué gouvernemental.
L’article 7 de ce projet de loi précise que l’assemblée générale des actionnaires sera composée des ministres des Finances, de la Culture et du Tourisme ; en somme, une télévision publique gouvernementale. (...)
Si ce projet de loi est voté par le Parlement, alors l’audiovisuel grec sera réorganisé selon le bon vouloir du gouvernement, qui en profitera sûrement pour y placer les siens. Cette crainte est d’autant plus justifiée que le parti Nouvelle Démocratie et le gouvernement Caramanlis ont déjà interdit deux émissions qui leur déplaisaient. (...)
Une grande partie des médias est aujourd’hui contrôlée par de riches industriels, et la disparition des chaînes publiques questionne la liberté d’expression et la liberté de la presse. Rappelons que la Freedom House classait dans son rapport annuel sur la liberté de la presse la Grèce au 84e rang sur 196, alors que celle-ci occupait la 70e place encore l’année dernière.
Les journalistes travaillent dans des conditions sociales et financières particulièrement difficiles et sont menacés par les représailles du parti néonazi. (...)
Alors même que beaucoup de Grecs critiquent les médias et ne veulent plus écouter les journaux télévisés présentant quotidiennement la crise et ses restrictions, le syndicat de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE), a déclaré qu’« ERT appartient au peuple grec ».
Si la réaction est si vive dans le pays, c’est certainement parce que cette fermeture autoritaire laisse supposer d’autres décisions qui affecteraient le secteur public, déjà sérieusement touché par les politiques d’austérité. Espérons, pour l’instant, qu’aucune autre restructuration de ce genre ne soit décidée dans l’ombre, à l’occasion de la visite de la Troïka et au moment où l’opinion publique, les hommes politiques et les journalistes tentent de sauver ERT.