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Dormira jamais : Yahya Khedr : itinéraire d’un réfugié syrien, par Olivier Favier.
Article mis en ligne le 26 avril 2014

Yahya Khedr a 44 ans et un aimable sourire. Il s’exprime dans un français parfait. À Jobar, près de Homs, où il a vécu jusqu’à la guerre, il habitait une villa cossue. Il était prothésiste-dentaire, comme son père et son grand-père. Il connaissait déjà bien l’Europe, la France en particulier, où il s’est rendu pour la première fois en 1986. Il y faisait parfois du commerce, il achetait des pièces de camion qu’il faisait venir en Syrie, par containers. Il a 5 enfants aujourd’hui. La plus grande a 21 ans et a trouvé refuge en Italie avec son mari. Le plus jeune a 3 ans et n’a connu que l’exode.

En 2011, quand la protestation a viré à la guerre civile, Yahya et sa famille ont décidé de se rendre à Damas. Ils sont restés 3 mois au nord-est de la capitale, dans les environs de Duma. Puis ils ont essayé de vivre dans un autre quartier, où la cohabitation de tous semblait encore possible. Mais la guerre les a rejoints là aussi au bout de quelques mois. Comme beaucoup d’autres, ils ont alors quitté la Syrie pour le Liban.

Le Liban est un petit pays, cher, plus cher que la France. Le logement y est rare. Beaucoup ont espéré un temps y faire du commerce, mais leurs illusions se sont vite dissipées. Plongés dans la misère, les réfugiés se retrouvaient à fouiller les poubelles pour se nourrir. 3 mois plus tard, Yahya et sa famille ont décidé de partir, pour l’Égypte cette fois. Ils y sont restés près d’un an. Mais la situation une fois encore s’est vite dégradée et ils ont tenté leur chance en Libye, où la vie s’est révélée encore plus difficile. Chaque quartier était contrôlé par un chef local, lequel gouvernait par les armes. De retour en Égypte, ils sont parvenus deux mois plus tard à rejoindre l’Algérie. Quelqu’un leur a offert le billet d’avion. Dans leur nouvel exil, ils se sont heurtés à des difficultés économiques insurmontables. Il était très difficile d’y trouver un logement, même pour les Algériens, qui se montraient méfiants avec les Syriens. Durant 3 mois, d’une ville à l’autre, ils ont dormi dans des hôtels.

La famille est arrivée au Maroc. Le logement excepté, les réfugiés n’y avaient aucun droit, pas même celui d’envoyer les enfants à l’école. Après ce tour malheureux du monde arabe, la seule solution était de rentrer en Europe. À la frontière, certains fonctionnaires faisaient du business, d’autres cherchaient à aider les réfugiés. Certaines familles ont dû payer deux mille euros pour entrer à Melilla. Yahya et ses proches se sont retrouvés dans une cité de réfugiés de 500 personnes, dans des conditions sanitaires épouvantables.
Très vite, une manifestation s’est organisée Plaza de España à Mellila. Après une semaine, alors que les journalistes affluaient, les autorités espagnoles ont décidé de faire rentrer les familles syriennes. L’accueil en Espagne a été plutôt chaleureux pour Yahya et les siens. Mais s’ils ont trouvé un logement dans une autre cité de réfugiés et ont reçu un titre de séjour, il n’y avait pas de travail. Conscients de n’avoir aucun avenir dans un pays ravagé par la crise, certains ont cherché à se rendre en Belgique ou en Suède. D’autres enfin ont choisi la France.

Depuis 3 mois, Yahya et sa famille attendent à Saint-Ouen (...)