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Marie-Claude Saliceti
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ouest France
Désobéissance civile : pourquoi les militants écologistes plébiscitent ce mode d’action
Article mis en ligne le 9 octobre 2019
dernière modification le 7 octobre 2019

Pendant le mois d’octobre, le collectif Extinction Rebellion lance un appel mondial à des actions non-violentes « en faveur du monde vivant ». À commencer par Paris dès ce lundi. Ce mode d’action, en vogue auprès des militants, notamment écologistes, n’a pourtant rien de nouveau.

Particulièrement prégnantes dans le milieu écologiste, les actions de désobéissance civile se sont multipliées ces dernières années, comme les blocages de sièges de plusieurs multinationales à La Défense en avril dernier, ou la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Les militants n’hésitent pas à braver les interdits, à se faire arrêter et placer en garde à vue pour dénoncer une situation qu’ils estiment problématique.
Des jeunes, blancs, diplômés

Quand on évoque la désobéissance civile, on pense aux mouvements dans les lycées, mais les jeunes retraités sont également impliqués, dans une moindre mesure.

« Il s’agit souvent d’un milieu blanc, assez aisé, diplômé. Des gens qui ont depuis longtemps une forte conscience climatique », indique Manuel Cervera-Marzal, sociologue, auteur de Les Nouveaux Désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ?.

Des données qui ont changé. « Il y a dix-quinze ans, les milieux populaires étaient davantage mobilisés, sur des questions d’égalité : la défense des sans-papiers, des droits des homosexuels par exemple, poursuit le chercheur. Ce qui est nouveau, c’est la participation des élus. Comme le maire de Langouët qui a pris un arrêté pour interdire l’utilisation de pesticides sur sa commune. Dans ce cas, on parle plutôt de désobéissance institutionnelle. »

Ces actions illégales « relèvent d’une autre conception de la justice, estime Sandra Laugier, professeure de philosophie à l’Université Paris 1 Sorbonne-Panthéon. L’argument des militants c’est que lorsque le gouvernement n’est pas fidèle aux engagements pour lesquels le peuple a voté, ils ont le droit de désobéir aux règles édictées par la société. »
Un droit à désobéir ?

C’est donc un droit moral qu’ils s’octroient, au motif qu’ils « ne se reconnaissent plus dans l’État, ils n’acceptent donc plus son autorité ». Une rupture du contrat social en somme. (...)

« c’est l’éternel conflit entre légitimité et légalité, commente Jean-Yves Le Borgne, avocat pénaliste à Paris. Mais il m’apparaît dangereux de donner à ceux qui appliquent la loi, le pouvoir de ne pas l’appliquer. Le député est le représentant du peuple, le magistrat celui du droit. Comme le disait Montesquieu : "le juge est la bouche de la loi". »

Pour autant, Me Le Borgne salue l’héritage juridique de la désobéissance civile : le droit de vote des femmes, le droit de grève, le droit de pétition, le droit à l’avortement… tous ont été obtenus par des actions illégales. « On ne peut jamais dire que seul le respect de la loi est respectable. L’Histoire est un long continuum d’illégalités destinées à devenir légales. Autrement, ce serait l’éternel statut quo, l’immobilisme. »
Des militants blasés par les méthodes classiques (...)

« Ils ne sont pas tous abstentionnistes mais tous se posent des questions sur l’utilité des élections, même si c’est un peu moins vrai à l’échelle locale. »

D’autant que le changement climatique est visible pour chacun. Plus besoin de lire les rapports du Giec pour constater la canicule, la sécheresse. « Il s’agit surtout d’un appel à la responsabilité individuelle, analyse Manuel Cervera-Marzal. Attendre qu’un gouvernement tienne ses promesses en matière écologique leur semble à la fois hypothétique et trop long au vu de l’urgence climatique. »
Un phénomène grandissant

Surtout, la désobéissance civile va sans doute prendre de l’ampleur dans l’avenir. « Là où avant, une poignée d’associations menaient ces actions, nous avons aujourd’hui une nébuleuse de la désobéissance », note le sociologue. (...)

Parallèlement, les formations à la désobéissance attirent de plus en plus. (...)

Les organisations n’hésitent donc pas à mettre en scène leurs actions, à inviter les médias et à soigner leur communication. Les militants savent qu’ils risquent des arrestations, des gardes à vue, voire des procès. Le tribunal devient alors un outil militant, une tribune pour une cause qui les dépasse, comme pour le procès des décrocheurs de portrait de Macron, qui s’est tenu en septembre.