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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Des militants de Reconquête lèvent le voile sur les dérives autoritaires et radicales du parti
Article mis en ligne le 27 mars 2022

Interdictions d’assister à des meetings, exclusions sans explication... Plusieurs militants dénoncent les pratiques du parti d’Éric Zemmour. À Nice, le coordinateur de Reconquête, Benoît Kandel, vient d’annoncer sa démission, refusant l’arrivée, imposée par les instances parisiennes, d’un dirigeant RN proche des identitaires.

« Les instances de direction me répondaient : “Mets de l’eau dans ton vin”, “tu n’auras pas le choix” » jusqu’à des coups de téléphone de proches de Marion Maréchal, les 17 et 21 mars, qui lui demandent « d’évoluer sur sa position ».

L’ancien gendarme n’en démord pas : « Ce ne sont pas des valeurs que je partage. Son passé est sulfureux, ses positions extrêmes. Et politiquement ce n’est pas une bonne stratégie. » (...)

« C’est des cinglés. Ils font n’importe quoi. » Benoît Kandel, ancien coordinateur de Reconquête pour les Alpes-Maritimes

L’ancien gendarme restant inflexible, « ils ont alors monté une histoire pour mettre en cause [son] plus proche collaborateur en l’accusant d’avoir utilisé des fichiers d’adhérents et de leur avoir envoyé une vidéo contre Philippe Vardon ».(...)

Ces pratiques autoritaires au sein du parti d’Éric Zemmour se retrouvent également dans le Loiret, dont le coordinateur du parti, Franck Martin, ancien policier, est aussi un proche de Charles Gave, l’un des principaux donateurs d’Éric Zemmour. (...)

le 16 mars dernier, à Saint-Jean-le-Blanc, dans un quartier résidentiel de la banlieue sud-orléanaise, un militant néonazi participait à la sécurité du meeting de Reconquête organisé, avec Marion Maréchal et Guillaume Peltier en têtes d’affiche. (...)

Interrogé sur ces faits, Franck Martin est catégorique : « Il n’y a pas de néonazi qui participait à la sécurité. » La réalité est pourtant difficile à tordre, ainsi que l’atteste l’un des clichés que nous avons pu prendre lors du meeting. Membre du Renouveau français, Christopher D. F. arbore un tatouage nazi sur le coude du bras gauche (voir en Boîte noire). Contacté par Mediapart, il n’a pas souhaité nous répondre. (...)

Un autre membre du parti , Valentin Blelly, est menacé d’exclusion. Ancien responsable des jeunes LR du Loiret, passé par le RN, il a rejoint Éric Zemmour depuis octobre 2021 en ayant participé à la création à Orléans de Génération Z. Contacté par Mediapart, il explique avoir soulevé « la question de la présence de certains radicaux mais en réponse je vais être exclu du parti et interdit de meeting ».

Plus grave, « Franck Martin m’a menacé physiquement le 23 janvier en me disant : “ Je vais te péter la gueule. Tu ne sais pas qui je suis” ».

Aujourd’hui, une procédure est en cours à l’encontre de Valentin Blelly. « Il m’accuse de tout sans preuve. “Usurpation, malversation, dissimulation”. Sans aucune précision. C’est monté de toutes pièces pour me dégager. Chacun se place déjà pour les législatives », déplore-t-il. (...)

Olivier K., 25 ans, consultant dans la finance, a également été renvoyé du parti qu’il avait rejoint, en octobre 2021, via le mouvement Génération Zemmour des Yvelines. Après avoir voté, en 2017, pour François Fillon au premier tour de la présidentielle, puis Marine Le Pen, au second, Olivier « s’engage pour la première fois en écoutant Éric Zemmour. Même si je ne suis pas vraiment d’accord avec toutes ses idées sur l’immigration, je trouvais son programme original. Il prône la méritocratie et ça m’a plu. Même si je me suis rendu compte que c’était un leurre ». (...)

Ces six mois de militantisme pour Éric Zemmour ont eu raison de son engagement. Olivier, dont le père travaillait dans une entreprise et la mère était fonctionnaire, avant de prendre leur retraite, n’est pas « un “fils de”. Donc forcément, je n’ai pas de traitement de faveur. Car c’est un parti qui privilégie les enfants de la bourgeoisie ».

Au bout du compte, il est même interdit de meeting, le 5 février à Lille. Et reçoit le message d’un responsable de sécurité du QG du parti Reconquête, Victor M. : « Toi, si tu continues à faire le malin, il va t’arriver des problèmes. » Ce message, reçu le 5 février, Olivier l’a fait depuis constater par huissier, par peur d’être « agressé physiquement ». (...)