L’artiste Julien Prévieux a détourné de façon ludique les procédures d’embauche et les usages en cours dans la course à l’emploi pour démontrer le cynisme des DRH. Ses œuvres sont actuellement exposées à Paris. (...)
trouver une capacité, jouissive, libératrice, de répondre « non » à l’heure du « travailler plus », c’est l’enjeu des lettres de non-motivation de Julien Prévieux. Il a envoyé plus de mille lettres en sept ans, à raison d’une quinzaine par mois, et n’a reçu que 5 % de réponses.
Dialogue de sourds
Tout a commencé quand il était étudiant aux Beaux-Arts de Grenoble, en 2000. Il cherchait alors un stage dans le cadre de la formation en alternance. « Je découvre qu’il faut jouer un rôle auquel je n’étais pas préparé. » Au fil des ans, son statut évolue mais il constate que le dialogue de sourds entre chômeur et employeur est permanent, surréaliste même. Il décide alors de détourner la convention sociale qu’est la lettre de motivation en mobilisant les armes de l’humour et de la dérision. (...)
Chaque lettre de non-motivation de Julien Prévieux est un cheval de Troie dans une procédure dont personne n’est dupe, les directeurs des prétendues ressources humaines les premiers, avec une rhétorique implacable. Pour le chômeur, la lettre de candidature est un exercice pervers, cruel. Pour l’artiste, à la fois situationniste et polémiste, il s’agit de modifier la hiérarchie des rôles. Et non pas rire du chômeur, en situation de faiblesse.
Ces lettres de non-motivation, et leurs réponses, sont aujourd’hui traitées comme des œuvres d’art. Elles sont mises en livre (éditions Zones), traduites dans de nombreux pays, lues par François Morel et Juliette, adaptées au théâtre, et même exposées, comme actuellement au MAIF Social Club à Paris. (...)