Imaginer des villes où le béton laisserait progressivement la place à des « jardins-forêts comestibles » : c’est le pari lancé à Budapest, grâce à l’autogestion et à des initiatives spontanées. « Dès le premier jour les habitants du voisinage se sont rapidement appropriés le lieu, témoignent Paloma de Linarés, coordinatrice du projet et Vincent Liégey, co-auteur d’Un projet de Décroissance. « Réduire la consommation des espaces urbains pour ouvrir des espaces verts et comestibles permet de réduire notre vulnérabilité » au changement climatique, défendent-ils.
(...) Nous sommes ainsi allés à la rencontre de chercheurs en agroforesterie, nous avons échangé avec des ONG locales actives en environnement et en permaculture, des fermiers, avec le réseau très dynamique des jardins communautaires de Budapest, puis nous avons présenté le projet devant des élus locaux. L’objectif est de rapprocher les urbanistes, les décideurs et les experts en agroforesterie et permaculture pour repenser l’utilisation des espaces publics en ville et démocratiser l’agriculture urbaine en impliquant les citoyens.
Les multiples bienfaits du « jardin-forêt » en milieu urbain
L’agroforesterie est une pratique ancestrale qui se réimplante dans les campagnes européennes. Cette pratique est basée sur l’interaction écologique et économique entre plantes ligneuses et annuelles et rompt avec la monoculture. Mais les bienfaits de cette pratique vont au-delà des besoins en rendement. La parcelle agricole est structurée afin de créer un écosystème résilient et autonome (...)
Le projet de jardin forêt public à Budapest a été inspiré par plusieurs pays tropicaux qui ont maintenu une pratique agroforestière forte en zone urbaine et un système de jardin forêt à proximité de leurs foyers. Dans les pays tempérés, le concept de jardin forêt a été introduit par un botaniste anglais Robert Hart au cours des années 1960. (...)
Un projet au budget quasi nul mais requiérant beaucoup d’entraide (...)
Ouvrir les espaces publics à la créativité et à la biodiversité
Les outils, les matériaux de base sont prêtés par les partenaires avec la participations des voisins. Nous avons commencé par quatre arbres fruitiers pour amorcer un échange avec la communauté. Cela permet aux habitants et usagers habitués de voir l’espace se modifier graduellement. (...)
Verdir les espaces publics et les rendre aux habitants
Les programmes éducatifs et la consultation d’experts horticoles permettent de planifier la ville sur la base des écosystèmes et d’accompagner les individus à valoriser leurs ressources et moins dépendre des produits marchands. Il faut repenser les villes avec une diversité d’espaces verts, verdir les espaces publics et les rendre aux habitants, rapprocher les villes des campagnes, réduire la pression agricole sur les campagnes. L’industrialisation alimentaire dans les villes ou les campagnes ne devrait servir qu’en cas de crise car elle ne protège pas la biodiversité et consomme plus d’énergie. De même, cela pose la question des espaces publics, trop utilisés pour garer des voitures...
Créer un espace comestible public permet plusieurs choses. D’abord, l’émancipation sociale. (...)
Repenser une ville fertile, autonome et conviviale (...)
Ce projet est une expérimentation qui a pour ambition d’être aussi un projet pilote qui influence la politique de la ville. Le dernier rapport du GIEC qui est des plus alarmant, invite à arrêter la déforestation et à planter des arbres. Nous pensons que cela concerne aussi la ville, ou comment repenser une ville fertile, organique, autonome et conviviale. Il s’agit là d’un enjeu vital face à l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle mais aussi dans la construction d’un autre vivre ensemble, d’une autre démocratie, d’un autre rapport à la nature, aux outils et aux communs.