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De la vente des Rafale à l’attentat de Copenhague
Noel Mamère
Article mis en ligne le 16 février 2015

La vente de 24 avions de chasse Rafale, d’une frégate et de missiles à l’Egypte du maréchal Sissi, pour 5,2 milliards d’euros, illustre la dégénérescence de la diplomatie française. Vendre, vendre, vendre, même au prix du sang, voilà le nouveau Graal d’une politique étrangère et de défense qui a oublié, comme le disait de Gaulle, que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille de la Bourse.

Sous la houlette de Laurent Fabius, le Quai d’Orsay est devenu l’apôtre d’une diplomatie de marché : le ministre des Affaires étrangères accueille les touristes chinois à Paris, réorganise ses services autour du business, il donne le nom de Business France à l’ancien Ubifrance, l’agence de développement économique international de la France. Les ambassadeurs sont transformés en VRP de luxe, tout comme le ministre de la Défense, dont on apprend qu’il passe un tiers de son temps à vendre les armes de la France à l’étranger !

Pire, le président de la République lui-même devient le marchand de canons en chef. C’est lui qui a conclu l’accord avec le maréchal Sissi, tout comme il était accouru à l’enterrement du roi Abdallah d’Arabie saoudite.
Riyad, meilleur ami de la France « socialiste »

La transaction des Rafale renvoie au monde l’image fatale de cette marchandisation de la politique étrangère française. Car, derrière la livraison d’avions de chasse invendables de Dassault à un dictateur issu d’un coup d’Etat – qui s’est soldé par des milliers de morts et d’emprisonnements arbitraires –, on réaménage la politique étrangère de la France autour des ventes d’armes. (...)

L’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats, le Qatar, sont devenus nos alliés prioritaires dans une région du monde où ces régimes se comportent comme les pires facteurs du développement de l’islamofascisme d’Al Qaeda et de l’Etat islamique. (...)

Bien sûr, et je l’ai déjà écrit dans ces colonnes, cela ne veut pas dire que l’éradication de l’islamofascisme n’est pas devenue une des tâches prioritaires de l’heure. Mais comment combattre ce phénomène si, en même temps, on le renforce à la source ? Quelle est la cohérence d’une politique qui renforce les pires dictatures au nom de la lutte contre le djihadisme ? Pourquoi empêche-t-on les frégates commandées par Moscou d’arriver en Russie et vend-on des armes de guerre à Sissi qu’il utilisera à coup sûr contre son propre peuple ? Cette politique de gribouille est incompréhensible. Sauf à considérer que la seule boussole de l’Elysée et de Matignon est le retour de la croissance par n’importe quel moyen, les ventes d’armes en étant une des composantes essentielles.

Les peuples musulmans sont les premières victimes du terrorisme. Ils sont en première ligne dans la résistance à l’islamofascisme, de Kobané à Tunis, où ils ont fait reculer l’intégrisme.

Ce n’est pas en se soumettant aux despotes, aux canailles, aux Etats pétroliers, que l’on empêchera l’embrasement du Moyen-Orient. (...)