Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
Darmanin-Le Pen : un débat à Front renversé
Article mis en ligne le 12 février 2021

Jeudi soir, pendant plus d’une heure, le service public a permis à Gérald Darmanin et Marine Le Pen de débattre de leurs obsessions communes. Un échange rempli d’amabilités et de convergences de vue, durant lequel le ministre de l’intérieur a même jugé la présidente du Rassemblement national « plus molle » que lui.

Fin de semaine chargée pour les « remparts républicains ». Entre la poursuite des débats autour du projet de loi « séparatisme », une longue interview – dix pages tout de même – accordée à l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles, pour parler d’« islam » et de « choc de civilisations », et un échange télévisé de plus d’une heure avec Marine Le Pen, Gérald Darmanin n’a pas eu une seule minute de répit.

Quant à Marlène Schiappa, sa binôme à Beauvau, ce n’est guère mieux. Il lui a fallu jongler entre un plateau de CNews, le lancement d’une enquête sur les faux certificats « d’allergie au chlore », et la promotion d’une vidéo officielle mettant en scène une ancienne contributrice régulière du site d’extrême droite Riposte laïque et militante au sein du mouvement de Nicolas Dupont-Aignan.

À bien y réfléchir, le débat organisé sur France 2, jeudi soir, entre la présidente du Rassemblement national (RN) et le ministre de l’intérieur fut certainement le moment le plus calme de la semaine de ce dernier. D’ailleurs, par endroits, on le sentait presque déçu. « Je vous trouve dans la mollesse. […] Je trouve que vous êtes plus molle que nous pouvons l’être », a-t-il lancé à sa contradictrice, avec une moue de regret.

Enfin, « sa contradictrice »… Entendons-nous bien. Car au regard des sourires, des amabilités, des politesses, des « mais moi ça me va très bien, Monsieur Darmanin » ou des « on peut être d’accord, Madame Le Pen », on ne peut pas franchement dire que nous avons assisté à une joute idéologique. « Objectivement, à part quelques incohérences, j’aurais pu le signer votre livre », a même reconnu la présidente du RN, ouvrage stabiloté à la main, face à l’auteur du Séparatisme islamiste (Éd. L’Observatoire). (...)

Non, vraiment, on ne peut pas parler de joute idéologique. En fait, on ne peut même pas parler d’idéologie tout court, tant les idées censées accompagner le concept avaient déserté le plateau du service public. (...)

Marine Le Pen s’est même offert le luxe de donner une petite leçon de libertés publiques à Gérald Darmanin, dont le texte détricote, l’air de rien, quelques-unes des plus grandes lois fondamentales. Mais globalement, entre deux chamailleries sémantiques et trois bisbilles sur les chiffres de l’immigration, il fut surtout question d’islam, d’islam et aussi un peu d’islam.

À la fin du débat, la présidente du RN a réussi à faire mine de s’en offusquer : « Vous semblez avoir une obsession sur le sujet, mais ce n’est pas mon obsession ! » Acteur principal de cette pitoyable comédie, le ministre de l’intérieur n’a rien trouvé de mieux que de glisser à son interlocutrice certaines douceurs comme « si vous êtes présidente de la République » ou « il faut travailler pour le prochain débat présidentiel », lui déroulant non plus un tapis rouge, mais un hectare de moquette écarlate. (...)

« La patronne du RN a fait de redoutables progrès depuis 2017. Sa présidentialisation est spectaculaire », a d’ailleurs commenté un éditorialiste à l’issue du débat. Cette petite musique va résonner pendant un an, jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Elle permettra de se rappeler tous ces sujets qu’Emmanuel Macron a choisi de mettre à l’agenda, en pleine crise sanitaire, économique et sociale : les certificats de virginité, la polygamie, les piscines municipales…

Des sujets passionnants qui permettent à ses ministres de débattre avec l’extrême droite comme s’ils discutaient avec n’importe qui. (...)

Des sujets majeurs qui ne manqueront pas d’éloigner des urnes tous ceux qui n’en reviennent pas d’avoir, un jour, entendu le candidat d’En Marche ! dire que son projet était un rempart face « à la haine, l’exclusion et le repli