Accidents de la route, suicides ou noyade... À la frontière franco-britannique, chaque année, des dizaines d’exilés perdent la vie, dans cette région où ils transitent par milliers. Des drames qui, d’après les associations, pourraient être évités si les autorités proposaient un "dispositif d’accueil digne".
Hassan* voulait simplement faire sa toilette. Ce jeune migrant sud-soudanais de 22 ans est mort noyé, mardi 10 août, dans le canal de Bourbourg situé à proximité d’un campement informel de Grande-Synthe. Ce jour-là, "quand ils l’ont vu, ses compagnons de route l’ont sorti de l’eau et ont commencé un massage cardiaque, raconte Marie Chapelle, coordinatrice de l’association Utopia 56 pour la ville. Ils ont appelé les secours, mais il n’y avait plus rien à faire. C’était trop tard". La préfecture du Nord, elle, a précisé à l’AFP que la mort du jeune homme était dû "à une chute accidentelle". (...)
Le nord de la France est depuis des années une zone de transit pour des milliers de migrants qui souhaitent gagner le Royaume-Uni. Si de nombreuses personnes meurent tous les ans sur le chemin pour l’atteindre – en mer, ou en passant par l’Eurotunnel – d’autres perdent aussi la vie avant même de tenter un passage de l’autre côté de la Manche.
Le 30 juin, Osman** n’a pas survécu à ses blessures, provoquées deux jours plus tôt par un accident sur la départementale 601 en direction de Loon-Plage. (...)
Un mois plus tôt, le 29 mai, Meretse, un Éthiopien de 28 ans, est mort percuté par un train de marchandises, à Calais. (...)
Le 10 mars, Omar Ismaïl, originaire du Soudan, est mort, tout comme Osman, percuté par un véhicule sur l’autoroute A16, à hauteur de Nouvelle-Église près de Calais.
"Errance imposée"
Suicide ou accident : pour les associations présentes sur place, ces décès sont dans tous les cas les conséquences directes et dramatiques "de la politique de non-accueil de la France", de "l’errance imposée", et du "traitement inhumain réservé aux personnes en situation d’exil", déplore Marie Chapelle. (...)
"Si les personnes étaient accueillies de manière correcte, s’il n’y avait pas cette pression policière permanente sur eux, nous n’en serions pas là, regrette aussi Maël Galisson, membre de l’association Gisti, qui a constitué une importante base de données sur les exilés morts dans la région. (...)
Cette politique du "laisser mourir, qui fait des exilés des quantités négligeables", est pourtant appliquée depuis les prémices de cette route migratoire, il y a plus de vingt ans. Déjà, au début des années 2000, des exilés mouraient sur le territoire, où rien n’avait été fait pour les accueillir. (...)
Depuis deux décennies donc, les tombes de migrants morts viennent peupler les cimetières de la région. Certaines pierres tombales ne mentionnent parfois qu’une date de naissance, un prénom, ou un surnom. Car la recherche d’informations sur la personne décédée et la quête pour retrouver ses proches dans le pays d’origine peut relever du parcours du combattant. (...)