"C’est comme si nous étions devenus des parias", déplore le docteur égyptien Ahmed Negm, forcé de déménager par ses voisins à Ismaïlia (est) après des rumeurs selon lesquelles il était "infecté par le nouveau coronavirus"
Comme lui, d’autres soignants ont subi l’hostilité de la population. Les personnels médicaux sont pourtant traités en héros par la presse locale qui les surnomment "l’armée blanche de l’Egypte" pour leur lutte contre la maladie Covid-19.
A ce jour, parmi les 43 médecins ayant contracté le virus dans plusieurs hôpitaux du pays, quatre sont morts, d’après le syndicat des médecins égyptiens.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les infections de soignants constituent environ 13% des cas enregistrés en Egypte, qui a officiellement recensé plus de 3.300 cas d’infection et 250 décès. (...)
"Les gens sont pris de panique, mais ils exagèrent au point que ça devient une marque d’infamie, comme si on portait en nous le scandale", affirme le Dr Negm à l’AFP.
La semaine dernière, des villageois paniqués de la province de Daqahliya (nord), ont manifesté pour empêcher l’enterrement d’une femme médecin décédée du nouveau coronavirus, même si celle-ci ne pratiquait plus.
Dans un pays où les manifestations sont interdites, le gouvernement a réagi vigoureusement en arrêtant 23 personnes. Le parquet a qualifié les faits d’actes de "terrorisme". (...)
Le Premier ministre Mostafa Madbouli a déploré un incident "honteux", appelant les soignants à "ne pas tenir compte" de ces pratiques.
Dans une vidéo postée sur internet, une infirmière du gouvernorat de Dakhleya, testée positive en même temps que plusieurs de ses collègues, a expliqué que le groupe avait été contacté par des inconnus après la diffusion de leurs noms et coordonnées en ligne.
"Beaucoup nous ont appelés pour exprimer leur soutien et prier pour nous... mais d’autres nous ont accusés de répandre le virus", a-t-elle dit d’une voix tremblante, masque sur le visage.
"Nous sommes fatigués, ayez pitié", a-t-elle imploré. (...)
Plusieurs autres médecins au Caire, à Alexandrie (nord) et ailleurs se sont plaints sur Facebook de refus de prise en charge de chauffeurs de taxi ou de livraisons alimentaires par peur de contagion.
– "Préjudiciable" -
Le représentant de l’OMS en Egypte, Jean Jabbour, a dit à l’AFP que les pressions subies par les soignants rendaient leur situation déjà éprouvante "encore plus difficile".
Selon lui, cela "va affaiblir notre combat contre (la maladie) Covid-19 et peut s’avérer gravement préjudiciable pour le pays".
Face aux comportements hostiles vis-à-vis des personnels médicaux, des parlementaires envisagent une loi pour criminaliser les "brimades" dont ils sont victimes. (...)
de récentes vidéos montrent encore des foules lors de marchés locaux ou dans les transports publics peu avant l’heure du couvre-feu.
"Les gens ne se rendent pas compte", dit Heba al-Feky, une pharmacienne qui a récemment été forcée de descendre d’un taxi à cause de son métier.
"Ils s’en prennent à nous au lieu de renoncer à leurs habitudes qui ont plus de chances de les exposer à la maladie", déplore-t-elle.