interprétations, fausses représentations, projections trompeuses, Cornélius Castoriadis remet les pendules à l’heure à propos de la démocratie athénienne.
Si cette démocratie ne peut pas être un modèle bien qu’elle demeure encore une source d’inspiration, Castoriadis nous rappelle que la Grèce, c’est le pays du meurtre, de l’inceste, du parricide et de l’infanticide au sein d’une culture dans laquelle OEdipe doit se crever les yeux pour voir la vérité car, pour les Grecs, et contrairement à ce qui nous est souvent donné à comprendre à leur sujet, l’ordre et la mesure ne sont pas des données initiales ; chez les Grecs, la démesure - l’hubris (ou hybris) -, menace tout un chacun.
En effet, souvenez-vous : obsédées par le danger de cette menace, toutes les tragédies du théâtre athénien ne nous parleront-elles pas que de ça finalement : de l’excès et de l’aveuglement face à l’exigence de la retenue ; jusqu’où ne pas aller trop loin ?
Sophocle, Euripide consacreront le meilleur de leur production théâtrale à ce fléau : l’hybris qui détruit celui s’y vautre ainsi que la cité tout entière.
L’hybris restera donc la grande affaire des Athéniens nous dit Castoriadis. (...)
Démocratie directe contre pouvoir oligarchique ; tribunaux populaires et magistrats tirés au sort contre une délégation de pouvoir qui n’est qu’une aliénation et une trahison ; des experts-spécialistes élus sous condition de révocation immédiate contre une inamovibilité corruptrice et arrogante…
Les Athéniens se tiendront éloignés du danger d’un régime dictatorial en se gardant bien d’établir ce qu’il est convenu d’appeler « un Etat », tout en privilégiant un système d’organisation politique qui les en protègera pendant plus de cinq siècles.
Premier devoir : la critique de sa « tribu ». Aujourd’hui, on dira : balayer devant sa porte avant de s’occuper de celle des autres (...)
Castoriadis éclaire le fait qu’un système représentatif de délégation de pouvoir se caractérise par une longue période d’apathie politique du corps électoral qui se désintéresse très vite de "la chose publique" une fois qu’il s’est rendu dans les urnes puisque cet électorat demeurera, des années durant, dans l’impossibilité de peser sur les pratiques de ceux qui sont censés servir cette "chose publique" ; pour cette raison, une société dans l’impossibilité de trouver des canaux normaux pour dénoncer une gestion partisane et injuste du bien commun, c’est au paroxysme des crises et des révolutions que sa volonté trouve fatalement à se réaliser ; et seulement dans ce paroxysme.
Dans le contexte d’une économie capitaliste, ce sont les guerres qui jouent ce rôle paroxystique à chaque fois que cette économie se sent menacée et contrainte. (...)