Un centre commercial en chantier dans des parcelles pourtant classées inconstructibles en raison du risque d’inondation. L’affaire suscite la colère des associations environnementales locales à Alès, dans le Gard [1]. Voilà bientôt dix ans qu’elles se battent contre ce projet – 7000 m2 de bâtiments – situé en bordure de la rivière du Gardon, à l’entrée de la ville d’Alès
L’histoire débute en novembre 2010, avec un décret approuvant le plan de prévention des risques d’inondation du Gardon d’Alès à l’initiative du préfet du Gard. Ce plan, dit « PPRI », identifie les zones pouvant subir des inondations et propose des ajustements techniques, juridiques et humains pour y faire face. La zone où s’érige aujourd’hui le centre commercial est alors classée en « aléa fort », ce qui la rend inconstructible. (...)
Huit ans pour faire valider le plan de prévention des risques d’inondation (...)
En juin 2018, le Conseil d’État met un point final à ce feuilleton en rejetant le pourvoi du promoteur. « Ce projet de centre commercial se situe clairement dans le zonage inconstructible », résume Rémy Coulet de l’association Saint Hilaire Durable.
Un permis de construire accordé par la mairie en dépit du risque
Comment se fait-il que le promoteur – Claude Dhombre et sa société Foncière de France – poursuive les travaux du centre commercial ? Ce dernier a profité de la période de contestation du plan de prévention devant la justice administrative pour déposer un permis de construire auprès de la mairie d’Alès. Le maire Max Roustan (Les Républicains) le lui délivre en 2014. Alors que le promoteur n’a pas commencé ses travaux, il obtient même, en novembre 2017, la prorogation de son permis de construire, en dépit du jugement de la Cour d’appel de Lyon qui a rétabli l’interdiction de construire sur cette zone. (...)
Silence du ministère de la Transition écologique
En avril 2019, un nouvel arrêté met en demeure le promoteur de respecter les prescriptions, sous peine de sanctions administratives et pénales. Sans succès, puisque les travaux se poursuivent à l’heure où nous écrivons ces lignes. Qu’en dit le ministre de la Transition écologique et solidaire ? François de Rugy était en visite le 25 mars à Nîmes pour découvrir le dispositif « Vigicrue ». Il a notamment déclaré que « s’il y a des endroits où il est beaucoup trop dangereux d’habiter ou de construire un commerce ou de construire une entreprise, et bien dans ces cas là, il faut être capable de dire en effet que l’on va démolir certaines constructions et ne plus construire à tel ou tel endroit ». Les associations mobilisées sur le sujet lui ont envoyé un courrier resté pour l’heure sans réponse.
La ville d’Alès a déjà été frappée à plusieurs reprises par des crues. Rémy Coulet évoque notamment de graves inondations en 2002 et une année 2014 marquée par plusieurs épisodes cévenols. Sur place, les associations continuent de se mobiliser. (...)