Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Climat : un référendum pour masquer l’inaction
Article mis en ligne le 16 décembre 2020
dernière modification le 15 décembre 2020

Face au 150 citoyens, Emmanuel Macron a enchaîné lundi 14 décembre les contre-vérités pour justifier ses reniements. Rejetant la responsabilité de l’action sur « les comportements individuels », il a annoncé un référendum sur l’intégration de la préservation de l’environnement dans l’article 1 de la Constitution.

Le charme s’est rompu, le cœur n’y est plus. Lundi 14 décembre en fin d’après-midi, Emmanuel Macron a convoqué les membres de la Convention citoyenne pour le climat au palais d’Iéna à Paris. Le chef de l’État espérait reconquérir les esprits mais il a dû affronter la fronde des citoyens et des citoyennes, très remontés face au détricotage de leurs propositions. Six mois après leur dernière rencontre dans les jardins de l’Élysée, les relations entre l’exécutif et les conventionnels se sont largement refroidies. Les petits fours et les sourires ont cédé la place aux reproches. Pendant près de quatre heures, lundi, les citoyens ont confronté le chef de l’État à la faiblesse de ses actes. (...)

« Comment, en minorant nos propositions, vous pensez atteindre un objectif qui est aujourd’hui 15 % supérieur à celui sur lequel nous avons travaillé ? », s’est demandé Christine. « Êtes-vous climatocynique ou climatosceptique ? », s’est interrogé Paul.

Le ton était virulent, l’émotion palpable, les débats toujours prêts à exploser. (...)

« Comment, en minorant nos propositions, vous pensez atteindre un objectif qui est aujourd’hui 15 % supérieur à celui sur lequel nous avons travaillé ? », s’est demandé Christine. « Êtes-vous climatocynique ou climatosceptique ? », s’est interrogé Paul.

Le ton était virulent, l’émotion palpable, les débats toujours prêts à exploser. (...)

Tous les sujets ont été abordés par les citoyens (...)

Emmanuel Macron a eu le culot de dire que « la France a en quelque sorte mis en place un moratoire sur la 5 G » puisque « nous sommes parmi les derniers pays à avoir implanté cette technologie. Nous avons déjà pris un retard énorme », a-t-il dit. La concurrence avec les pays européens a servi d’alibi pour évacuer nombre de mesures. Tout au long de son discours, le président de la République s’est souvent référé à l’Europe pour dire qu’il fallait d’abord que les propositions de la Convention soient adoptées à cette échelle-là. Emmanuel Macron s’est engagé à les défendre, notamment lorsque la France présidera l’Union européenne, pendant six mois, en 2022. (...)

Face aux critiques, le chef de l’État a dû aussi revenir sur la notion du « sans filtre ». Il a changé une énième fois de discours. (...)

 : « Le sans filtre ne peut pas être une substitution au rôle du législateur et à celui du gouvernement », a-t-il annoncé. avant de juger « normal » que « l’administration de l’État puisse retravailler les mesures », faisant écho au travail en coulisses de l’administration révélé par Reporterre : « il ne s’agit pas d’écarter totalement une proposition (…) mais d’en discuter et d’en étudier la faisabilité ».
« le référendum est un coup de poker qui cache l’ensemble des jokers »

C’est au bout de 3h30 de débats que le président de la République a annoncé l’idée d’un référendum pour modifier l’article premier de la Constitution et y intégrer la lutte contre le changement climatique. La nouvelle a suscité de nombreux applaudissements dans la salle. Après l’avoir annoncé en juin, la proposition semblait avoir été repoussée aux calendes grecques. Le projet sera présenté en Conseil des ministres en même temps que la loi. Mais il devra recevoir ensuite un accord du Sénat, qui est loin d’être gagné.

De nombreuses associations écologistes ont vu dans cette annonce une manière de « masquer l’orientation globale du projet de loi », Pour Attac, « le gouvernement entérine la procrastination en matière de lutte contre le réchauffement climatique ». Les Amis de la terre dénoncent, de leur côté, « une manœuvre politicienne ». Chez Greenpeace, Clément Sénéchal juge que « le référendum est un coup de poker qui cache l’ensemble des jokers ».