Les quatre mois qui viennent vont être déterminants pour le futur de la politique climatique et énergétique de la France. Le gouvernement avait annoncé pour cet été – il se termine le 22 septembre – la présentation pour discussion dans plusieurs comités et adoption par décret – en principe avant le 31 décembre – des deux documents clés destinés à guider l’action publique dans ce domaine. D
D’une part, la stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui programme la baisse des émissions de gaz à effet de serre à réaliser ces prochaines années dans tous les secteurs. D’autre part, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui définit les trajectoires de hausse des productions d’énergies renouvelables et de baisse des consommations d’énergies fossiles. C’est également la PPE qui est censée donner des orientations claires sur l’évolution future du parc nucléaire, indissociable de la définition d’objectifs de production éolienne et photovoltaïque dans un contexte de stagnation voire de recul durable de la demande d’électricité 1.
Deux textes majeurs(...)
Du point de vue du climat, ce qui est présenté comme un rattrapage est en réalité une dégradation Twitter
La polarisation du débat énergétique français sur le nucléaire, bien que celui-ci représente à peine le cinquième de la consommation d’énergie des ménages, des entreprises et des collectivités2, explique que la PPE soit un sujet bien plus médiatique que la SNBC. Ce dernier document d’orientation est pourtant, du point de vue de la politique climatique et énergétique, plus important et plus structurant. La SNBC détermine en effet des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre (appelés « budgets carbone ») à respecter dans tous les secteurs durant le quinquennat en cours et les deux suivants, selon une trajectoire dégressive.(...)
L’exercice est d’autant plus difficile que la France n’a absolument pas respecté son premier budget carbone3. En effet, avec la baisse des prix du pétrole fin 2014 et la reprise d’une croissance qui repose toujours largement sur les combustibles fossiles, les émissions hexagonales sont reparties à la hausse : de 441 Mt CO2e en 2014, elles sont passées à 451 en 2016. On estime qu’elles ont crû d’environ 2 % en 2017 et elles ont probablement encore progressé cette année. Il faudrait donc, pour rester dans les clous de la trajectoire bas carbone, accélérer les efforts sur le quinquennat actuel.(...)
Ce n’est pas ce que semble envisager le gouvernement, en dépit d’une conjoncture économique relativement favorable qui pourrait lui donner des marges de manœuvre. Bien au contraire. (...)
La question de la crédibilité des engagements climatiques de la France sur la scène européenne et internationale risque de se poser(...)
La philosophie est claire : moins d’efforts aujourd’hui pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et davantage d’efforts demain (peut-être) (...)
La philosophie, en tous cas, est claire : moins d’efforts aujourd’hui pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (c’est le sens de la politique fiscale et budgétaire actuelle) et davantage d’efforts demain (peut-être), en pariant sur une accélération de la substitution des énergies fossiles (notamment par le développement de l’électricité), histoire d’en faire moins du côté des économies d’énergie dans le logement et le transport et de ne pas mécontenter certains groupes d’intérêts. Un petit air de déjà-vu.