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Mediapart
Chine : à Paris, des rassemblements de soutien à la « révolution A4 » et aux Ouïghours
#Chine #répression #ouighours #dictature
Article mis en ligne le 6 décembre 2022
dernière modification le 5 décembre 2022

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté, samedi, place du Trocadéro et place de la Bastille pour réclamer des « droits politiques » en Chine et l’arrêt de la persécution des Ouïghours.

Samedi, à Paris, les contestataires chinois n’ont pas eu droit au parvis des droits de l’homme, place du Trocadéro, où ils voulaient manifester. La préfecture de police leur a assigné le trottoir d’en face. Celui du monument aux morts. Un trottoir invisibilisé, encadré par des cars de touristes venus photographier la tour Eiffel.

Pourtant, plus de 200 personnes, chaudement vêtues, silencieuses, forment un cercle autour d’une banderole proclamant la « révolution A4 ». Ici et là, des feuilles blanches en format A4 sont brandies, comme en Chine. Une banderole en papier aussi est portée, blanche.

« Nous ne pouvons rien lire sur un papier blanc, lance au micro Chiang Seeta, étudiant aux Beaux-Arts, cheveux longs, lunettes de soleil rondes, traduit par un camarade français, mais tout le monde sait ce qu’il veut dire. C’est un symbole pour les Chinois, quand d’innombrables mots sont devenus tabous, quand les médias sont un instrument de propagande, quand les messages que nous envoyons sont supprimés et bloqués. » (...)

Deux ou trois cartons brandis sont plus explicites : « Xi dégage », « Xi Jinping démission », « Régime chinois, pouvoir 100, responsabilité 0 ». Sur un écran, on diffuse des images des manifestations et des interventions policières. La banderole en papier est déchirée symboliquement.

Bonnet sur la tête, le visage souvent couvert par un masque chirurgical, les manifestantes et manifestants sont jeunes. « Il y a des étudiants des Beaux-Arts de Dijon, de Marseille aussi », commente l’un d’eux. Une majorité d’étudiantes et d’étudiants.

Des tracts réclament « la fin de la politique zéro Covid », mais aussi « la libération de tous les prisonniers politiques », l’arrêt du génocide des Ouïghours, des travaux forcés et des camps de rééducation. Et surtout qu’on rende « leurs droits politiques aux citoyens chinois », et qu’on réforme le régime « en État de droit ».

Des bougies en pots sont allumées en hommage aux victimes de l’incendie survenu le 24 novembre, dans un immeuble confiné dans la ville d’Urumqi (province du Xinjiang) (...)

En Chine, une partie du mouvement se limite à contester les mesures anti-Covid, tandis qu’à l’étranger les revendications politiques dominent, poursuit-il. Le climat politique n’est pas pour autant plus rassurant à l’extérieur.

En septembre, la révélation par l’ONG Safeguard Defenders de l’existence de postes de police chinois clandestins dans une trentaine de pays, dont la France, a confirmé les risques d’une surveillance systématique de l’opposition à l’étranger. Alors qu’en Espagne et aux Pays-Bas, des enquêtes ont été ouvertes sur ces structures policières clandestines, les autorités françaises sont restées inactives. « Il y a au moins quatre commissariats secrets en France, un dans le XIIIe et un autre à Aubervilliers », croit savoir un étudiant.

Nul ne doute qu’un dispositif de surveillance a aussi été mis en place autour de ce rassemblement. La crainte y est palpable. (...)

Le pouvoir chinois est en mesure de faire pression à distance sur ses ressortissants et ressortissantes en France. « Sur Internet, dans les groupes chinois, il y a des appels à ne pas se joindre aux rassemblements de protestation, qu’on qualifie d’ingérence étrangère », remarque aussi Matthieu, un autre étudiant. (...)

« Génocide en cours, sauvons les Ouïghours », ont scandé les manifestants, dont certains tenaient aussi à la main une feuille blanche, symbole de la contestation en Chine, et une feuille bleue, couleur du peuple ouïghour, « pour être solidaires à la fois des Chinois et des Ouïghours », avait souligné la veille, lors d’une conférence de presse, Dilnur Reyhan, présidente de l’Institut ouïghour d’Europe et l’une des organisatrices du rassemblement.