Ils aiment le foot et le Troisième Reich, multiplient les agressions et organisent des bastons pour s’amuser. Enquête sur ces hooligans d’extrême droite parfois tolérés dans les tribunes.
Le Mans (72) – Il est plus de 21h le 14 décembre 2019. « La marche du souvenir vendéen », une manifestation d’extrême droite en l’honneur des catholiques tués durant la Révolution – où l’Action française était notamment présente –, vient de se terminer. Une quarantaine d’hooligans déboulent rue des Ponts-Neufs. Armés de gants coqués, poings américains et de matraques téléscopiques, le groupe chante à tue-tête : « Le Mans ! Le Mans ! Nationaliste ! » Ils s’attaquent à la vitrine d’un bar antifasciste, « le Lézard ». Quelques minutes plus tard, ils s’en prennent à la terrasse d’un café situé dans une rue adjacente. Moins de 24h après l’action, la page Facebook Ouest Casual, tenue par les Zouaves, revendique l’action.
Ce mouvement, basé à Paris, est issu du Groupe union défense (GUD), syndicat étudiant d’extrême droite auto-dissout en décembre 2017. Les Zouaves mêlent les codes des nationalistes radicaux à ceux des hooligans fans de foot. Depuis la mort en 2010 d’un supporter parisien, Yann Lorence, les supporters adeptes du bras tendu avaient pour la plupart été jetés hors des stades. Ils sont de retour. Les Zouaves, groupuscule parisien, revendiquent des liens étroits avec au moins 12 autres collectifs de hooligans nationalistes. (...)
Ce n’est pas vraiment une question de sport : « Les places-fortes du hooliganisme d’aujourd’hui suivent l’ultradroite classique, il ne faut pas se leurrer », commente une source policière. En mars 2018, la Division nationale de lutte contre le hooliganisme évaluait à « quelques centaines » le nombre de hooligans, pour la plupart orientés politiquement à l’extrême droite, selon le commissaire Antoine Mordacq, interrogé en mai 2018 (1). (...)
Sur les réseaux sociaux, ils s’envoient et postent des photos où ils font des saluts nazis et tiennent des drapeaux décorés de croix gammées ou celtiques. Certains sont mis en cause pour de multiples agressions, parfois à caractère raciste, mais aussi contre des supporters, des passants ou des militants de gauche. Et pour s’amuser, en marge de certains matchs de Ligue 1, ils organisent des « fights » : ces combats entre groupes de supporters qui souhaitent confronter leurs forces. StreetPress a enquêté sur ces groupuscules néo-nazis qui squattent les travées des stades. (...)
Des attaques politiques
Les parvis des stades ne sont pas leurs seuls terrains de jeu. Ils s’invitent régulièrement dans les rassemblements ou spots de gauche, pour en découdre. Mars 2018, une dizaine de Zouaves attaque le Lycée autogéré de Paris. Au menu : saluts nazis et coups. Deux lycéennes racontent avoir été frappées lors de cette intrusion violente, dont l’une au genou avec une barre de fer. Le mois suivant, ils se placent devant l’université Paris 4-Clignancourt pour en découdre avec des étudiants et les menacent avant de crier des insultes racistes.
C’est encore un contingent de Zouaves, de MesOs de Reims et de Strasbourg Offender qui attaquent le cortège du NPA lors de l’acte XI du mouvement des Gilets jaunes, le 26 janvier 2019, comme l’a raconté le site antifasciste La Horde. Les militants anticapitalistes subissent des jets de pavés et d’une barrière de chantier, lancée par Marc de Cacqueray de Valménier. « Ces gars-là, c’est des vrais tapeurs. Quand il y a un truc politique à Paris, ils viennent pour ça », explique un membre d’un groupe antifasciste à propos des MesOs. images (...)
Le racisme et l’antisémitisme comme credo (...)
Une participation aux manifs d’extrême droite (...)
Au stade, une présence tolérée par certains groupes ultras
Ces groupes sont toutefois minoritaires dans le supportérisme français. (...)
Au sein de la police, un organisme spécifique est en charge du suivi de cette mouvance : la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). Contactée par Streetpress, la DNLH n’a pas souhaité répondre à nos questions. Les Zouaves avait dans un premier temps accepté le principe d’une interview (écrite, via une messagerie), ils n’ont finalement pas donné suite.