À la demande d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy a représenté la France, mardi 27 septembre, aux obsèques de l’ancien premier ministre japonais. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été condamné deux fois par la justice, notamment pour « corruption », et soit lourdement mis en examen dans l’affaire libyenne, notamment pour « association de malfaiteurs », ne change rien pour l’Élysée.
(...)
Sous son premier mandat, le chef de l’État avait déjà honoré Nicolas Sarkozy de ce même rôle symbolique à l’occasion, par exemple, de l’investiture de la nouvelle présidente de Géorgie (décembre 2018), de l’intronisation du nouvel empereur du Japon (octobre 2019) et de la cérémonie d’hommage au défunt sultan d’Oman (janvier 2020).
À cette époque, Nicolas Sarkozy était sur le plan judiciaire un homme déjà moult fois mis en examen dans plusieurs dossiers majeurs d’atteinte à la probité, parmi lesquels les affaires Bismuth et Bygmalion, ainsi que le scandale des financements libyens. Mais depuis, Nicolas Sarkozy est passé du statut de suspect à celui d’homme condamné, dans deux de ces trois dossiers.
L’ancien président français a ainsi écopé, en mars 2021, d’une peine de trois ans de prison dont un ferme dans l’affaire Bismuth pour « corruption » et « trafic d’influence ». Il a également été condamné, six mois plus tard, en septembre, à un an de prison ferme pour « financement illégal de campagne électorale » dans l’affaire Bygmalion. Nicolas Sarkozy a fait appel des deux jugements.
Il reste par ailleurs mis en examen pour « association de malfaiteurs », « corruption », « recel de détournements de fonds publics » et « financement illégal de campagne » dans le dossier libyen, dont les derniers développements judiciaires montrent qu’il a lourdement menti en procédure, comme l’a récemment révélé Mediapart.
Le nom de Sarkozy plane également dans d’autres enquêtes en cours dans les couloirs du pôle financier du tribunal de Paris ou du Parquet national financier (PNF), qu’il s’agisse de ses liens d’argent avec des oligarques russes, avec des proches de Vladimir Poutine et de ses liaisons dangereuses avec l’émirat du Qatar.
Une majorité atone
Mais rien n’y fait (...)
Autour d’Emmanuel Macron, on a assisté ces dernières années, sans piper mot ou presque, à la montée en influence de Nicolas Sarkozy. Ainsi les appels sonnent-ils dans le vide lorsqu’il s’agit de faire commenter aux soutiens du chef de l’État le choix de Nicolas Sarkozy pour représenter la France. « C’est un choix du PR [président de la République – ndlr], qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? », finit par soupirer l’un d’eux. Un autre ne s’en offusque pas : « Sarkozy est quand même un ancien président, c’est quelque chose d’assez habituel. »
Les plus critiques vis-à-vis de Nicolas Sarkozy ont espéré qu’Emmanuel Macron prenne ses distances avec son prédécesseur après l’élection présidentielle. (...)
« Quels que soient les statuts, nous voulons des dirigeants responsables, exemplaires et qui rendent des comptes ». Emmanuel Macron, en mars 2017
Nicolas Sarkozy profite, de toute évidence, avec Emmanuel Macron de la persistance d’un vieux privilège afférent à la délinquance en col blanc, selon lequel le sentiment d’impunité, même après une décision judiciaire, se nourrit de l’absence de sanction venue de son propre milieu.
Il sera dès lors difficile pour tous les policiers et policières, les procureur·es, les juges d’instruction et les juges de tribunaux correctionnels qui ont entendu, poursuivi et condamné Nicolas Sarkozy de ne pas voir une provocation dans le geste du président Macron, pourtant garant constitutionnel de l’indépendance de la justice. (...)
le même Emmanuel Macron, qui avait promis qu’un ministre mis en examen devrait démissionner du gouvernement, a reconduit au poste de ministre de… la justice le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti après sa mise en examen pour « prise illégale d’intérêts ».
Le ministre, qui saura le 3 octobre s’il sera renvoyé pour être jugé devant la Cour de justice de la République (CJR), est poursuivi pour avoir utilisé les moyens disciplinaires de son poste afin de mettre à l’index plusieurs magistrats anticorruption.
Parmi eux : ceux qui avaient enquêté sur un certain Nicolas Sarkozy.