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Libération
CLIMAT Laurence Tubiana : « On peut perdre une bataille mais pas baisser les bras »
Laurence Tubiana, présidente de la Fondation européenne sur le climat, a été négociatrice en chef de l’accord de Paris lors de la COP 21, à Paris en décembre 2015.
Article mis en ligne le 13 septembre 2018

L’ex-négociatrice en chef de la COP 21 appelle à la constitution d’un mouvement citoyen de grande ampleur pour faire pression sur les décisionnaires politiques français et européens pour les encourager à agir urgemment contre le changement climatique.

La société civile, au sens large, avance-t-elle plus vite que les gouvernements ?

C’est certain. On a pu le voir avec la marche pour le climat samedi 8 septembre. Au sommet de San Francisco, on va voir que les acteurs les plus mobilisés sont les villes. Elles doivent parfois se battre contre leur gouvernement pour mener à bien des mesures en faveur de l’environnement, comme Hambourg, Berlin et Paris sur les transports bas carbone. Elles y arrivent parce que les habitants de ces villes sont derrière leur maire. Les gens en ont assez de se faire empoisonner.

Quelle a été votre réaction après la démission de Nicolas Hulot, le 28 août ?

J’ai été marquée par le défaitisme des réactions qui ont suivi. On peut perdre une bataille mais pas baisser les bras. La prise de conscience de la gravité de cet enjeu planétaire est essentielle mais les discours « il est trop tard, nous ne pouvons plus rien faire » sont faux et inacceptables éthiquement. Depuis la conférence de Rio en 1992, l’évolution du système économique en faveur de l’environnement est considérable. Mais ce système est tellement prédateur que les changements ne vont pas assez vite pour enrayer les bouleversements planétaires qu’il provoque.

Que peut-on attendre maintenant du gouvernement français en matière de lutte contre le changement climatique ?

Il y a des mesures à moyen et court terme que le gouvernement peut mettre en place pour que la France soit cohérente avec son engagement d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), nous avons besoin d’un énorme effort d’investissement en faveur d’innovations technologiques bas carbone et pour le développement des énergies renouvelables. Surtout, on doit mieux maîtriser la consommation d’énergie car elle doit être divisée par deux d’ici 2050

Dans la loi transports, dont certains points sont encore en discussion, il est urgent d’insérer l’enjeu du climat, de réorienter les subventions qui vont aujourd’hui aux énergies fossiles et bien sûr de développer les transports en commun et l’électrification des véhicules. La croissance de 3,2 % des gaz à effet de serre français en 2017, par rapport à 2016, est due au secteur des transports et du bâtiment. Toutes ces avancées seraient une première étape à réaliser rapidement.

Et sur le moyen terme ?

Une grande réflexion doit être menée sur la fiscalité environnementale. L’augmentation de la taxe carbone [payée sur les carburants à la pompe, ndlr] est un réel progrès. Mais il faut encore corriger les inégalités sociales provoquées par cette taxe (...)

Dans trois mois se tiendra la Conférence sur le climat des Nations unies (COP 24) en Pologne. Pensez-vous que les Etats sont disposés à faire de grandes avancées à cette occasion ?

La COP 24 sera un moment clé pour la mise en œuvre de l’accord de Paris. En 2019 et 2020, les Etats se sont engagés à revoir à la hausse leurs objectifs établis en 2015. Actuellement, leurs engagements nationaux sont trop faibles et, s’ils sont respectés, ils nous mèneraient à une augmentation de 3,7°C à 4°C pour 2100. Les conséquences seraient catastrophiques. (...)

Symboliquement, la COP 24 sera très importante alors que la diplomatie américaine continue de faire pression pour que l’accord de Paris soit torpillé et que l’Australie a récemment reculé dans ses engagements.

Pourquoi augmenter les objectifs climat si ceux qui existent ne sont pas respectés ?

Les annonces qui se cantonnent à des chiffres et des dates ne suffisent plus. (...)