Dans le genre les pieds dans le plat, on fait difficilement mieux. En plein conflit sur les retraites, l’exécutif a choisi, mercredi, d’offrir une belle distinction au patron français du gigantesque fonds de pension américain BlackRock. Jean-François Cirelli figure en effet parmi les 487 personnes de la promotion civile de la Légion d’honneur du nouvel an cette année. Sur recommandation du Premier ministre, Edouard Philippe, il passe du grade de chevalier à celui d’officier. « Un symbole jupitérien », a grincé illico la CGT sur Twitter. « Jean-François Cirelli, président de #BlackRock France, est promu officier de la Légion d’honneur. Il paraît que c’est par anticipation, pour service rendu à la France… vu que le gouvernement veut lui confier une partie du magot des retraites », a raillé de son côté le sénateur communiste Fabien Gay.
(...) Ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, d’où il a piloté la réforme des retraites de 2003, Jean-François Cirelli y est présenté comme « président d’une société de gestion d’actifs » dont le nom n’est pas cité et comme « ancien vice-président et directeur général d’un groupe industriel énergétique ». Il a dirigé Gaz de France pendant six ans avant la fusion avec Suez mais depuis 2016, Cirelli est PDG France de BlackRock, premier gestionnaire d’actifs mondial, qui gère l’équivalent de 6 300 milliards d’euros et finance une multitude de fonds de pension sur toute la planète. Implantée en France depuis 2006, l’entreprise se targue sur son site de gérer « 27,4 milliards d’euros pour le compte de compagnies d’assurance, de caisses de retraite, d’institutions officielles, d’entreprises, de banques traditionnelles et digitales, ainsi que de fonds de dotation ».
« Mainmise » des fonds de pension sur les retraites
Pour la gauche, le futur système de retraites par points en général, et notamment une mesure concernant les cotisations des plus hauts revenus en particulier, risque d’ouvrir les vannes de la retraite par capitalisation. De quoi ravir les banques, compagnies d’assurances et autres fonds d’investissement, et le géant américain BlackRock. Cette promotion du 1er janvier, c’est « la totale ! » a explosé sur Twitter Olivier Besancenot, l’un des tout premiers à avoir pointé le risque de « mainmise » des fonds de pension sur les retraites françaises.
Le nom de la multinationale a commencé à fleurir sur les pancartes des défilés d’opposants à la réforme des retraites en décembre. (...)
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La France, "une boite de Smarties" pour Blackrock, dit Agnès Pannier-Runacher
La secrétaire d’Etat française Agnès Pannier-Runacher a démenti jeudi tout lobbying de la société américaine de gestion d’actifs Blackrock dans le cadre de la réforme du système des retraites et a estimé que la légion d’honneur accordée au patron de la branche française était une "pure coïncidence".
"Ils ne font pas de lobbying parce qu’ils n’ont pas grand chose à y gagner", a déclaré la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances sur BFM TV-RMC. "C’est une boite de Smarties le marché français, ça ne représente rien par rapport à leur gestion d’actifs (...) arrêtons de croire que nous sommes au centre du monde". (..)