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Biodiversité : les sciences participatives peuvent-elles changer notre rapport à la nature ?
Article mis en ligne le 26 mai 2020
dernière modification le 25 mai 2020

Aujourd’hui dans #DéconfinonsLesIdées, nous interrogeons Anne Dozières, directrice de Vigie-Nature du Muséum national d’histoire naturelle, sur le rôle des sciences participatives dans la prise de conscience écologique. Selon elle, une collaboration entre citoyen·nes et scientifiques est précieuse pour en savoir plus sur l’état de la biodiversité et agir sur les pratiques individuelles néfastes à l’environnement.

Anne Dozières : Les sciences participatives concernent des projets de recherche impliquant des citoyens volontaires et non professionnels. Cela existe en astronomie, en sciences de la santé, en psychologie, mais historiquement, c’est plutôt dans les sciences naturelles qu’on y a recours. Au Muséum, nous avons trouvé des sources datant de plusieurs siècles qui montrent l’implication d’amateurs éclairés dans les recherches scientifiques, notamment par la récolte d’échantillons et la constitution de collections d’insectes par exemple.

Concernant la forme actuelle du programme Vigie-Nature, le plus ancien des projets a fêté ses 30 ans l’année dernière : c’était le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC) et s’adressait aux ornithologues amateurs. Depuis une dizaine d’années, des programmes sont accessibles au grand public.

Quel est le principal avantage des sciences participatives pour l’étude de la biodiversité ?

Ces programmes permettent de démultiplier la pression d’observation et de recevoir des données concernant des espaces privés, habituellement inaccessibles aux chercheurs. Nous avons besoin de beaucoup de données, au niveau spatial et dans le temps, pour observer l’évolution des populations animales et végétales. Toutes ces informations citoyennes sont précieuses pour étudier les changements globaux, c’est-à-dire toutes les grandes modifications de l’environnement liées aux activités humaines (réchauffement climatique, impacts de l’urbanisation, agriculture intensive…), et mesurer finement le déclin de la biodiversité qu’on perçoit, ressent, observe.

Ainsi, il y a deux ans, nous avons pu montrer que le nombre d’oiseaux agricoles avait diminué de plus de 30% en vingt ans en France, et nous avions constaté un déclin de 30% des papillons de prairie à l’échelle européenne. Pendant le confinement, les scientifiques ne pouvaient plus aller sur le terrain, donc nous avons lancé un appel avec la Ligue de protection des oiseaux « Confinés mais aux aguets » afin d’inciter les personnes ayant des jardins, balcons, terrasses à prendre le temps de regarder ce qui se passe près de chez eux. Plus de 15.000 nouvelles personnes se sont inscrites et ces données nous aideront à comprendre les effets du confinement sur la biodiversité. (...)

Participer régulièrement à ces programmes d’observation engendre-t-il des changements de comportements radicaux ?

Le premier effet quasi général est le changement de regard porté sur la nature. Beaucoup affirment qu’ils ont découvert une biodiversité insoupçonnée et très riche autour de chez eux. Observer permet d’affûter le regard et incite à différencier les espèces. Dans un second temps, on perçoit les progrès dans l’apprentissage : au fil des semaines, les erreurs d’identification diminuent et certains deviennent même de vrais spécialistes. Enfin, on note des changements de pratiques dans les jardins avec une diminution drastique des produits phytosanitaires et des pesticides ! Ces évolutions sont également notables chez certains professionnels avec qui nous travaillons.

Pour les gestionnaires d’espaces verts, ce sont des outils accompagnant leur transition. D’ailleurs, des études ont montré que participer à ces programmes sur la biodiversité avait encouragé des changements de politiques publiques (passage au zéro phyto, à la gestion différenciée…). Quant aux agriculteurs, ils passent d’un rôle de pollueurs, destructeurs de nature à des membres actifs d’un projet de préservation de l’environnement et cela leur permet de mieux comprendre les comportements de la biodiversité en milieu agricole. (...)