Au sein de l’Europe, où la 5G est vendue comme une nouvelle révolution, l’Italie a pris une longueur d’avance. Plusieurs régions, comme L’Aquila dans les Abruzzes, y servent de terrain d’expérimentation pour cette nouvelle technologie. Mais alors qu’État et industriels applaudissent, des poches de résistances s’organisent pour exiger l’application du principe de précaution. Y compris sur le terrain judiciaire, où fabricants, opérateurs et État sont dans le collimateur d’avocats. Un nouveau volet de l’enquête menée par le collectif de journalistes Investigate Europe.
« Les ouvriers sont venus mi-août 2018, quand nous étions en vacances. En trois jours, ils ont érigé cette antenne de 35 mètres de haut, qui nous ruine la vie. » Paolo* vit au sommet d’une colline, dans le village de Pagliare di Sassa, en banlieue de L’Aquila, au centre de l’Italie. « Depuis l’installation, poursuit-il, nous avons tous des maux de tête quand nous sommes à la maison, notre vue s’est mise à baisser et nos appareils ménagers ne fonctionnent plus, sans raison apparente. »
La maison du villageois se trouve en amont des résidences érigées à marche forcée après le tremblement de terre qui a ravagé la région en 2009 et tué 309 personnes – 65 000 personnes se sont retrouvées sans abris. Construites avec des matériaux bas de gamme, certaines résidences, devenues dangereuses, ont déjà été abandonnées par leurs habitants. D’autres familles, faute de moyens, ont dû rester dans les habitations délabrées. A la tragédie des laissés-pour-compte du séisme, est venue s’ajouter la construction d’une antenne 5G : la région a été choisie comme zone d’expérimentation de la nouvelle technologie, qui enthousiasme le gouvernement italien. Mais les sinistrés et les villageois n’ont pas dit leur dernier mot. (...)
L’agence sanitaire demande à déplacer l’antenne
Interrogé par Investigate Europe, le maire actuel, Pierluigi Biondi (du parti d’extrême droite Frères d’Italie), se défend en assurant que « toutes les parties impliquées ont donné leur accord » pour l’antenne 5G. L’édile fait référence à la consultation s’étant déroulée entre la « Super-intendance » (bureau chargé de la protection du patrimoine historique où se trouve l’antenne) et l’Agence sanitaire locale, ainsi qu’à l’Arta, qui s’occupe de mesurer l’exposition aux ondes électromagnétiques.
Aucun de ces trois acteurs ne s’étaient alors opposés à l’édification. Et pour cause : « L’Arta est venue relever les niveaux d’émissions à 10h du matin, explique le président du comité de résistance local, quand les gens sont au travail et que le chargement d’onde est moins élevé, et n’a pas laissé l’appareil de mesure durant 24h, comme l’exige la loi. » (...)
Au final, le 28 février 2019, le conseil municipal à été contraint de voter le déplacement de l’antenne sous 30 jours dans un « endroit alternatif ». Le comité local de résistance avait en effet dégoté un argument imparable : dans la précipitation de l’installation, la mairie avait oublié d’inclure l’antenne dans le plan local d’urbanisme, ce qui est illégal.
Bientôt une antenne tous les 100 mètres
Mais il ne s’agit que d’une bataille. Dans la région, la guerre contre la 5G est loin d’être gagnée. (...)
En Italie, comme dans toute l’UE, la 5G est considérée comme une extraordinaire opportunité de relance économique et de création de nouveaux emplois. D’ailleurs, cela a plutôt bien commencé avec la mise aux enchères des fréquences de la 5G qui ont battu tous les records européens. Les opérateurs ont dépensé 6,5 milliards d’euros (contre 1,36 milliards au Royaume Uni et 1,41 milliards à l’Espagne) pour s’offrir les fréquences. Des sommes astronomiques qui vont permettre de réduire la dette publique italienne. Mais l’industrie des télécoms s’attend bien évidemment à un retour sur investissement...