Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Greenpeace
Beyrouth : « Je voulais que ça ne soit qu’un cauchemar »
Article mis en ligne le 15 août 2020

Julien Jreissati est chargé de programme pour la branche de Greenpeace au Moyen-Orient/Afrique du Nord, à Beyrouth au Liban. Il nous raconte avec ses mots comment il a vécu la catastrophe survenue le 4 août, et nous explique en quoi consiste le travail de Greenpeace sur place.

C’était la fin de la journée et je m’apprêtais à envoyer un dernier email. Je travaillais dans mon appartement, situé en banlieue est de Beyrouth. Toute l’équipe de Greenpeace Moyen-Orient/Afrique du Nord était confinée depuis plusieurs semaines en raison de la deuxième vague de Covid-19, qui s’avère encore pire que la première. Tout à coup, j’ai entendu une explosion au loin, suivie d’une onde de choc si puissante qu’elle a fait trembler mon appartement et mes fenêtres, sans heureusement causer de dégâts. Au Liban, nous ne sommes que trop habitués à ces détonations, mais la vue de ce gigantesque nuage orange nous était inconnue. J’étais en état de choc. Je venais de déménager d’Achrafieh, un quartier du centre de la capitale, et j’ai donc eu beaucoup de chance de ne pas me trouver au cœur de la zone sinistrée. (...)

Après avoir été informé·es quant à la nature de l’explosion, nous avons immédiatement contacté l’unité scientifique de Greenpeace, basée à Exeter au Royaume-Uni, pour qu’elle nous aide à comprendre les risques liés aux substances parties en fumée. À partir de ces informations, nous avons élaboré des consignes pour aider la population libanaise à se protéger des émanations toxiques.

Lorsque le nitrate d’ammonium explose, il relâche de grandes quantités de dioxyde d’azote (NO2), à l’origine des fumées oranges qui ont recouvert la ville avant d’être poussées par le vent vers le nord et l’est du pays. Ce gaz toxique a des effets délétères sur le systèmes respiratoire et peut aussi réagir dans l’atmosphère pour générer un autre dangereux polluant : l’ozone.

À Greenpeace Moyen-Orient/Afrique du Nord, nous avons malheureusement l’habitude de ces gaz : nous menons campagne contre la pollution de l’air causée par le secteur libanais de l’énergie, accro au fioul lourd – l’un des hydrocarbures les plus polluants du monde. La pollution au NO2 forme régulièrement une épaisse couche brune au-dessus de Beyrouth, mais rien de comparable à ce qui s’est produit ce jour-là. Outre les conséquences immédiates de l’explosion, le risque de contracter le coronavirus est toujours présent…Les déplacements des habitants qui doivent quitter leurs maisons détruites ou des personnes qui portent secours aux blessés risquent également de faire monter en flèche le nombre de contaminations, alors que les hôpitaux sont déjà au bord de la rupture. (...)

Notre rôle à Greenpeace est de nous assurer que la population dispose des informations nécessaires pour éviter d’être exposée à la poussière toxique qui a recouvert la capitale et le sol des maisons. Grâce aux images satellites, nous enquêtons sur les types de polluants en cause et sur la pollution engendrée par l’explosion, afin de fournir à la population les informations essentielles qui font cruellement défaut. Le Liban ne dispose pas d’un système efficace de surveillance de la qualité de l’air au sol. Nous ne savons toujours pas si d’autres substances ont explosé ou brûlé avec le nitrate d’ammonium. Nous ne pourrons pas évaluer le véritable impact de cette catastrophe ni conseiller aux habitant·s comment agir tant que toute la lumière n’aura pas été faite sur ces informations essentielles qui font défaut – et nous sommes déterminé·es à apporter cette lumière.