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Aujourd’hui les enfants handicapés, et qui demain ?
/ Loïc Céry Directeur du CIEEG (Centre international d’études Édouard Glissant)
Article mis en ligne le 18 janvier 2022

Comment résister au dégoût qu’inspire la dernière sortie en date de Zemmour concernant les enfants handicapés ? Réaliser exactement où nous en sommes d’un point de basculement collectif.

D’éructation en éructation, le fasciste avance, et plus rien ne le retient. Pas même la moindre décence, le moindre sens de l’obscénité. Sa haine (de quoi ? du genre humain finalement) n’a plus de limite, et ça y est : on connaît aujourd’hui l’autre point commun qui, chaque jour qui passe, au-delà de tous les anachronismes, nous rapproche encore des années trente, quand les démocraties européennes se sont suicidées devant le fascisme et la pensée de la relégation de catégories humaines à n’être que des rebus, des « dégénérés ». Ce point commun, ce nouveau point commun qui fait de nous des clones de ceux qui, dans les années trente, ont subi cette ascension résistible dont parlait Brecht, c’est notre capacité commune à supporter la surenchère dans l’abject. Moyennant la caisse de résonance des chaînes d’information en continu, Zemmour précipite le corps social dans son ensemble dans l’abjection de propos ignobles, qui constituent pour de bon un trouble à l’ordre public. L’ambiance est au pourrissement, et cela vient déjà de loin, et d’années au cours desquelles la pensée obscène s’est répandue. Un écosystème historique de la décrépitude, par l’extrémisme qui règne en maître : une définition du fascisme. (...)

Sous l’Occupation, les Collaborateurs savaient que la violence de leurs propos, leur appel au meurtre de masse, leur antisémitisme délirant, tout cela donc était couvert par une parenthèse historique qu’ils pensaient pérenne. (...)

En temps de paix, et quand les démocraties s’enfoncent inexorablement dans les temps de l’intolérance devenue boussole de tout, et plus qu’une mode, un paradigme auquel tout un chacun est soumis, il faut craindre que les barrières de naguère, qui définissaient aussi le sens de l’humain, ne puissent plus résister à rien. (...)

Une pensée aujourd’hui pour tous les enfants sourds et pour leurs parents qui viennent d’être, comme tous les handicapés, vilipendés et injuriés par Zemmour selon qui, pour mettre à bas l’« idéologie de l’inclusion », il conviendrait de réserver l’éducation de tous les enfants atteints de handicaps, à des établissements spécialisés et éviter soigneusement qu’ils soient mélangés aux autres enfants (...)

Qui pourrait donc, de bonne foi, s’étonner de cette dernière éructation en date d’un authentique fasciste, après avoir soutenu que Pétain avait sauvé les Juifs, que les enfants assassinés par Mohamed Merah n’étaient pas français, que les femmes sont le butin des hommes, et j’en passe ? Sans doute seulement ceux qui ne se rendent pas compte de l’horreur que constitue le simple fait, sur les médias, de diffuser les propos d’un fasciste. Que faire ? Rappeler encore et encore, même s’ils ont été tant cités, ces vers célèbres du poème du pasteur Niemöller : « Ils sont d’abord venus chercher les socialistes, et je n’ai rien dit / Parce que je n’étais pas socialiste / Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n’ai rien dit / Parce que je n’étais pas syndicaliste / Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n’ai rien dit / Parce que je n’étais pas juif / Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre. ». (...)